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Après Sandy, New-York fait le pari de la résilience

Après Sandy, New-York fait le pari de la résilience
Songquan Deng - Shutterstock
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Après le choc de l’ouragan Sandy en 2012 et la prise de conscience de son hyper-vulnérabilité, la ville de New-York a fait de la résilience un levier de son engagement responsable et solidaire. Retour sur les 4 priorités que s’est donnée la ville pour s’adapter aux défis du changement climatique et de la croissance urbaine.

Entre le 29 et le 30 octobre 2012, l'ouragan Sandy frappe le port de New York avec une force sans précédent. En quelques heures, l’eau atteint des niveaux record, de nombreux quartiers sont dévastés, les maisons et les entreprises inondées, les services publics paralysés et les infrastructures endommagées. Pendant plusieurs jours, la ville est à l’arrêt, privée de courant, les métros et tunnels sont submergés, les routes coupées. Après la tempête et le retrait des eaux, une nouvelle réalité surgit : les New-Yorkais doivent composer avec les risques d’une ville côtière qui s’est développée aux dépens de la mer.

Dans un paysage meurtri, la ville dénombre 44 morts et 19 milliards de dollars de dommages. Sandy devient alors un révélateur de la vulnérabilité de la ville à la montée inéluctable des flots, dont les effets dévastateurs ont été aggravés par une politique d’urbanisation inadaptée. Les risques inhérents à toute ville côtière longtemps restés lointains se concrétisent et se potentialisent sous les premiers effets du changement climatique. Hausse des températures, des précipitations et du niveau de la mer, augmentation de la fréquence et de l’intensité des ouragans sont autant de facteurs de risque qui majorent le risque d’inondabilité et d’impact majeur pour la ville et ses habitants.

Dès 2013, consciente de l’absolue nécessité de s’adapter, la ville a établi un premier plan de résilience au climat, une politique active qui vise à bâtir « une ville plus forte et plus résiliente ». Le programme qui s’étend sur 10 ans déploie plus de 250 initiatives pour un budget de 20 milliards de dollars. Programme de réparation et reconstruction des zones touchées par l’ouragan mais également programme destiné à rendre la ville plus sûre et plus solidaire face aux risques à venir.

Les bâtiments modernisés pour résister aux phénomènes extrêmes
Du fait de leur histoire et leur date de construction, plusieurs des cinq districts de New-York ne répondent plus aux standards de sécurité et d’efficacité énergétique, encore moins aux risques climatiques critiques. La ville a élargi le périmètre de la zone inondable à plus de 70 000 bâtiments (contre 35 000 en 2015). Cette zone soumise à exigence en matière de normes de construction et d’assurance doit permettre d’augmenter le nombre de ménages protégés techniquement et financièrement en cas d’inondation. Mais parfois, quand le lieu est trop exposé ou exige des travaux trop onéreux (maison flottable ou sur pilotis), partir devient la seule solution. L’Etat a déployé une politique de rachat des terrains trop exposés qui s’est voulue incitative pour dédommager les populations prêtes à déménager hors zone inondable. Reste qu’à Manhattan où les flots ont atteint plus de 4 mètres dans le sud du quartier, les promoteurs immobiliers continuent à s’arracher les mètres carrés. Déployé depuis juin 2013, le programme d’investissement et de soutien, Built it Back, aide propriétaires et résidents touchés par l’ouragan Sandy à réparer, surélever ou reconstruire les immeubles pour les rendre résistants aux inondations.


Une résilience à l’inondation par les défenses côtières
Avec 800 km de côtes, la ville est particulièrement exposée au risque littoral. Aujourd’hui, aux risques de tempêtes s’ajoutent de nouveaux risques climatiques. La zone côtière qui en 1983 abritait 218 000 personnes, en dénombre aujourd’hui 400 000 si on excepte les risques d’élévation du niveau de la mer. Sur la base d’une augmentation de 30 à 60 centimètres d’ici à 2050, c’est bien 800 000 personnes qui pourraient être touchées. C’est pour éviter ce risque, que la ville a déployé plusieurs projets de protection du littoral. C’est le cas du concours Rebuild by Design qui a alloué un milliard de dollars à six projets. Objectif : créer une ceinture de protection dans le sud de Manhattan pour éviter de nouvelles inondations et transformer les berges en espace de vie. Parmi les projets d’aménagement des rives de Manhattan, The Dry Line propose un ruban de protection des inondations sur 16 kilomètres sous forme de promenade. Plus globalement, mur anti-crues allant jusqu’à 6 mètres de haut, jardins surélevés pour créer une barrière naturelle en cas de débordement, création et renforcement de dunes le long des côtes les plus exposées, les mesures pour protéger la ville se poursuivent.

Des infrastructures pour que marchent transports, énergie, télécommunications…
Protéger, s’adapter et assurer la continuité des services essentiels en cas d’urgence…  la ville déploie des initiatives et planifie avec les opérateurs de chaque secteur des investissements pour moderniser des infrastructures de plus en plus vieillissantes.  En matière d’énergie par exemple, une priorité : éviter les ruptures de service. D’un côté, le réseau électrique aérien est particulièrement vulnérable aux vents violents, de l’autre, le réseau souterrain aux crues. Il faut aussi sécuriser la capacité de production d’électricité et de distribution majoritairement située en zone inondable. L’enjeu consiste à adapter les équipements électriques submersibles, à implanter des poteaux électriques résistants aux conditions extrêmes, à installer des pompes en zones critiques. Car les pannes électriques impactent à leur tour le réseau de télécommunications, décisif en cas d’urgence. A l’ère du tout numérique et des besoins d’information locale pour les populations touchées, son bon fonctionnement est déterminant pour augmenter la capacité de la ville à réagir au choc majeur et à coordonner la reprise. Le retour d’expérience montre la nécessité pour les opérateurs d’organiser de nouvelles formes de communication en temps réel, d’assurer un partage des réseaux entre les principaux opérateurs et l’importance d’identifier par imagerie numérique les câbles et les systèmes souterrains endommagés.

Vers une résilience sociale et solidaire des quartiers
Entre cohésion et solidarité, l’ambition de la ville pour rendre les quartiers moins vulnérables est assumée. Sa priorité : augmenter la capacité des abris d’urgence en cas de catastrophe mais aussi l’implication volontaire des New-Yorkais.  Pour la ville, la dynamique commune de redressement doit s’inscrire ainsi avec la participation active des résidents des quartiers et des institutions locales sans s’en remettre uniquement à l’aide sociale. Pour ce faire, il faut réussir à établir une communication efficace entre pouvoirs publics, organisations et communautés locales. La ville mise sur le renforcement des structures sociales et des réseaux sociaux notamment. En favorisant l’interaction régulière entre voisins, il est créé un tissu solide et efficace en cas d’événements majeurs.

(sources, nyc/gov - One New York: The Plan for a Strong and Just City 2015-2018, Rapport Sandy du Haut Comité Français pour la Défense Civile, https://www.100resilientcities.org/)

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