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A Bristol, la résilience parie sur le collectif pour se transformer d’ici 2066

A Bristol, la résilience parie sur le collectif pour se transformer d’ici 2066
Libre de droit - Pixabay.com
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A Bristol, évoluer fait partie de la culture. Avec un label de « capitale verte européenne » obtenu en 2015 et des avancées économiques et sociales majeures enregistrées ces dernières années, la ville aurait pu se reposer sur ses lauriers. Au contraire, face à des défis technologiques, environnementaux et sociétaux sans précédent, Bristol mise sur une transition long terme et collective. Ambitieuse et engagée, la ville poursuit sa dynamique de changement en co-créant une stratégie de résilience sur 50 ans, avec l’implication et l’ingéniosité de tous les citoyens.

Avec 400 000 habitants et au 8ème rang des villes britanniques, Bristol est une ville indépendante, florissante et durable. Mais dans un monde plus incertain, qui dit croissance, dit aussi hausse de la population, explosion des demandes d’infrastructure et de services au moment même où les équipements vieillissent, les ressources se raréfient et les inégalités se creusent. Confrontée à l’accélération des changements et à ses impacts sur le bien vivre, consciente des incertitudes qui pèsent sur les marchés mondiaux comme sur le changement climatique, la ville s’est emparée des questions de développement urbain. Dès 2015, consciente que ces défis ne seront pas résolus rapidement, Bristol s’est positionnée autrement : devenir une ville résiliente qui sait tirer parti de chaque crise pour rendre la ville plus solide, plus intelligente et plus juste, grâce à la mobilisation et la créativité de ses citoyens. En adhérant également au programme de la Fondation Rockefeller des 100 villes résilientes (100 RC), Bristol a décidé d’être chef de file en matière de développement urbain résilient et durable.

Une dynamique ouverte et inclusive pour relever les défis urbains

Pour impulser sa stratégie de résilience, Bristol mise donc sur le collectif. En 2016, la ville décide de déployer une stratégie résiliente en s’appuyant sur plusieurs piliers : une chief Resilience officer, Sarah Toy, chargée de coordonner les démarches, un partenaire stratégique Arup, missionné par le réseau 100 RC pour son expertise résilience et le Resilience Sounding Board - composé de représentants de la ville, d’universités et d’entreprises publiques ou privées - chargé de tester les idées émergentes. Mais c’est aussi la participation directe de 1 600 personnes qui a permis de co-construire la stratégie de résilience. Pas question pour autant de créer un catalogue d’actions mais plutôt de proposer un cadre politique, culturel et social qui intègre la résilience dans les décisions quotidiennes. Avec un objectif, semer les germes d’un changement plus profond face à des risques plus complexes, plus imprévisibles, liés à la complexité et l’interdépendance des systèmes urbains.

Pourquoi un plan à 50 ans ?

Bristol en est convaincue, la ville ne peut plus attendre que les changements s’opèrent seuls, pour être opérante, la stratégie doit se penser long terme. D’autant que débloquer la créativité et l’innovation au long cours favorise aussi des mesures audacieuses à court terme. Reconnue internationalement dans le domaine des énergies renouvelables comme de l’innovation urbaine intelligente, Bristol recense déjà nombre d’initiatives, hors d’une pensée « business as usual ». Son objectif, bousculer les modèles et déverrouiller l’avenir. Avec la création d’un réseau municipal d’énergie et de gestion des déchets, le développement d’une monnaie locale ou le développement de démarches citoyennes, Bristol a pris une longueur d’avance sur des initiatives capable « d’étirer le système », voire d’opérer en rupture totale. La ville a modélisé une partie de la complexité des changements systémiques en créant une méthode itérative, non linéaire, centrée sur l’humain et dite « désordonnée ». Ses principes, établir de nouvelles relations, remettre en cause celles qui existent déjà, et encourager une recherche collective et collaborative. Ayant connu d’importants changements sociaux avec la fermeture des docks ou la création de l’autoroute M32, la ville est structurellement habituée aux remises en cause. (cf encadré).
 

Bristol s’inspire de son passé pour confirmer sa capacité de transformation

•    De la ségrégation à l’inclusion sociale. Alors que la traite des noirs a été un fondement de l’économie de la ville au 18ème et 19ème siècles, en 2016 Bristol élit le premier maire d’Europe d’origine afro-caraïbéen, Marvin Rees.
•    Du développement industriel à l’économie verte. La ville doit aussi sa prospérité  à une intense activité industrielle et portuaire portée par l’ingénieur Isambard Kingdom Brunel constructeur du chemin de fer de l’ouest et des navires à vapeur. En 2003 avec la dernière édition du Concorde, Bristol était une plaque tournante de l’industrie aérospatiale. En 2016, la ville se place sur le créneau du véhicule autonome et connecté.
•    Une capacité d’innovation alimentaire marquée à la fois par l’histoire de l’entreprise  familiale Fry qui au 19ème siècle a transformé le chocolat à boire en chocolat à croquer  et l’adaptation de la ville, devenue en quelques années un bastion de la production alimentaire indépendante, remportant en 2016, le statut de ville alimentaire durable
•    De l’industrie du tabac aux programmes non-fumeurs. Alors que l’industrie du tabac était un employeur stratégique détenant en 1979 la plus grande usine d’Europe, en 2015 la ville est devenue pionnière de la lutte anti-tabac en créant les premiers espaces non-fumeurs du Royaume-Uni en 2015.


Des paradoxes à résoudre

Ainsi, depuis plusieurs années, Bristol a fait du chemin. Ville économiquement développée et dotée d’une exposition limitée aux risques naturels, Bristol ne renie pas ses paradoxes et assume ses fragilités (cf tableau). Pour y répondre, elle a défini les défis à relever à différentes échelles, de l’individu aux communautés, de l’enjeu régional au contexte mondial.  Cette feuille de route long terme s’attache à déployer des actions avec des partenaires (organismes locaux ou nationaux, universités, entreprises privées, associations…) autour de plusieurs objectifs.
•    Une ville juste  pour combler les écarts en matière d’éducation, fournir un logement abordable à tous,..
•    Une ville habitable dans un environnement vert et respirable et avec des services accessibles à moins de 20 minutes,
•    Une ville durable, en adoptant de nouveaux comportements et de nouvelles technologies moins énergivores et moins consommatrices de ressources
•    Une ville agile, en tirant parti des données pour réduire les inégalités, développer des partenariats et des investissements locaux pour des solutions à l’échelle de la ville.
•    Une ville connectée, à travers un réseau de communautés locales en développant une culture de coopération participative, en fournissant des services aux collectivités.

 

5 thèmes

5 paradoxes et des facteurs de vulnérabilités

Initiatives et démarches à l’horizon 2066
(exemples)

La population

Malgré une richesse de communautés, l’inégalité menace la cohésion.
Avec 45 religions et 91 langues, avec le vieillissement de la population (+ 120% de personnes âgées de plus de 90 ans en 2039), la diversité fragilise la cohésion sociale.

Parmi les 8 initiatives :
•    le droit de vote dès 16 ans pour impliquer les jeunes et mieux les faire entendre des décideurs,
•    des projets artistiques intercommunautaires et intergénérationnels,  l’inclusion des minorités noires avec Green and Black
•    la possibilité pour la population d’inventer des projets innovants avec Participatory City.
L’espace urbain
Malgré un environnement verdoyant associé à des objectifs zéro carbone d’ici 2050, des incertitudes croissantes concernant le changement climatique et ses impacts :  congestion des transports, vieillissement des infrastructures…
Parmi les 10 initiatives :
•    la promotion de nouveaux modèles de logements dont l’habitat communautaire,
•    des partenariats entre quartiers au service de l’emploi (URBACT),
•    des programmes de transport innovants et durables (cycle, metrobus,..),
•    des plans d’adaptation et de financement au changement climatique, l’écologisation des quartiers,…
L’organisation
Une société civile engagée mais pas inter-connectée. Le pouvoir de décision reste associé aux systèmes descendants et cloisonnés sur des cycles politiques courts où les aspirations citoyennes sont insuffisamment prises en compte.
Parmi les 7 initiatives :
•    une plate-forme d’échanges d’idées sur la ville au service d’initiatives collaboratives.
•    un bureau municipal pour accélérer les partenariats entre entreprises, secteur public ou privé, associations, ...
•    le développement d’une culture de la transformation et de la responsabilisation auprès des citoyens.
La prospérité et les valeurs
La ville est plutôt prospère mais pas de manière équitable : inégalités en matière de santé ou de logements illustrent les écarts entre les communautés.
Parmi les 8 initiatives :
•    un centre d’engagements partagés au service de l’emploi, WORKS, la formation numérique des jeunes défavorisés Young Future Bristol.
•    la mise en place d’indicateurs qui intègrent le Bonheur intérieur brut (vs le PIB).
•    Le soutien de projets pour financer des services écosystémiques (Natural Capital Trust)
Du régional au mondial
Malgré des efforts pour développer l’autosuffisance, Bristol continue à dépendre des systèmes nationaux et mondiaux.
Le « Bristol Pound » encourage la production et la consommation locale en réduisant empreinte carbone et production de déchets. Mais certains services de base continuent à être indispensables (énergie, alimentation..) crée une interdépendance source de vulnérabilité.
Parmi les 9 initiatives :
•    un projet pilote et coopératif pour encourager l’innovation à partir de retour d’expérience de plusieurs villes pilotes + un partage de connaissance dans le cadre de 100 RC.
•    des accords de décentralisation pour de nouvelles structures de gouvernance des régions ouest,
•    une analyse prospective des tendances mondiales et des défis émergents
•    une stratégie « climat et sécurité énergétique » visant la neutralité carbone d’ici 2050.

 

Sources https://www.100resilientcities.org/strategies/bristol/
https://bristolgreencapital.org/wp-content/uploads/2019/0/6_bristol_method_how_to_create_more_resilient_cities_v2.pdf

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