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Dakar tire parti de son modèle local et solidaire pour entrer en résilience

Dakar tire parti de son modèle local et solidaire pour entrer en résilience
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Frémissante de jeunesse et d’opportunités, Dakar aspire à devenir une capitale africaine de référence. Face à la concentration urbaine qui menace son avenir, elle a décidé de canaliser ses énergies autrement, stratégie de résilience à l’appui. Si la technologie n’est pas bannie du programme, la municipalité veut surtout tirer parti de la structuration informelle d’une société fondée sur les solidarités familiales, sociales et communautaires pour impliquer les dakarois dans un changement de modèle radical.

A l’extrême pointe ouest du Sénégal, dans la presqu’ile encerclée par l’océan, le plateau de Dakar vit au rythme de l’alternance des sécheresses et des fortes pluies dans une agglomération saturée qui compte moins de 1m2 d’espace vert par habitant. Première métropole africaine avec Durban à adhérer au réseau des 100 villes résilientes de la Fondation Rockefeller (100 RC), la capitale sénégalaise a formalisé une aspiration durable qu’elle veut partager avec sa population. Marquée par une urbanisation mal maîtrisée, Dakar a voulu retrouver une approche responsable et inclusive de son territoire, en prise avec la réalité sociale. De l’identification des risques à la proposition d’actions et de suivi, la ville a conçu dès 2013 un processus méthodique dans le cadre du réseau 100 RC. Si l’ambition d’un changement en profondeur est affichée, la stratégie n’occulte pas le chemin à parcourir ni les difficultés à lever.

Une ville plus propre, plus sûre mais aussi plus humaine

Sous l’effet d’une progression démographique galopante accentuée par l’exode rural, l’agglomération dakaroise a été découpée en 19 communes.  Aujourd’hui, frappée d’hypertrophie, la ville abrite 23% de la population urbaine du Sénégal. Avec 72% de moins de 35 ans, la jeunesse est à la fois une ressource et une difficulté. En face de cette pression démographique, les opportunités économiques n’ont pas suivi et plongent les jeunes dans la pauvreté urbaine et le chômage. En cause, le ralentissement de croissance du secteur privé, principal pourvoyeur d’emplois. Face aux difficultés, Dakar a priorisé plusieurs leviers, de l’engagement civique à la préparation au changement climatique, de l’aménagement urbain à la meilleure gestion de l’énergie. Pour devenir une ville propre, sûre, économe en énergie et chef de file d’une croissance inclusive, le responsable résilience a décliné ses objectifs en 21 initiatives. Au-delà des grands projets, il s’agit pour la municipalité de prendre à bras le corps les problèmes urbains du quotidien, depuis l’habitat, les questions d’insalubrité ou d’assainissement.

L’engagement citoyen s’invite par des changements de pratiques au quotidien

Première urgence indispensable au dynamisme économique, l’engagement civique. L’urbanisation massive a décuplé les points de vulnérabilité mais les habitants l’ignorent encore souvent. Constructions hors norme, mauvaise gestion des déchets, manque d’hygiène ou dégradation de l’environnement sont autant de facteurs de risques d’incendie, d’inondations, d’épidémies, de délabrement des équipements mais aussi de violence et de crise économique. Des gestes aussi simples que traverser dans les passages piétons ou utiliser les poubelles pour se débarrasser des déchets restent rares. Les biens publics sont souvent dérobés, le citoyen peut faire ce que bon lui semble, dans la rue c’est à l’État de s’en débrouiller. La municipalité en est consciente, stimuler la responsabilité civique suppose une prise de conscience. Pour permettre aux Dakarois de faire leur ce concept de résilience, étranger à leurs préoccupations, la ville a choisi la stratégie participative et l’ancrage local en s’appuyant sur la solidité des réseaux informels. Par exemple en recueillant les perceptions et les suggestions des résidents à travers des concours ou des jeux ou en misant sur des actions de proximité fondées à la fois sur le dialogue, les chansons, les arts et spectacles, influenceurs locaux à l’appui. Médias en langue locale, réseaux communautaires de femmes, organisations pour les jeunes, ou même les chefs religieux, chacun occupe un rôle central pour relayer les bonnes pratiques mais aussi pour informer des risques urbains, par exemple les bons réflexes en cas d’inondations dont la fréquence et l’intensité s’aggravent depuis 30 ans.

L’énergie sous tension avec 11 coupures intempestives par mois

En matière d’énergie, Dakar essuie les conséquences d’un approvisionnement limité en énergie.  En 2016, les habitants subissaient encore plus d'une dizaine de coupures d’électricité par mois. Avec 93% d’installations électriques qui ne répondent pas aux normes, Dakar multiplie aussi les risques d’incendie. Bien qu’à elle seule, la ville consomme déjà 57% de l’offre nationale d’énergie avec 1,3 TWh en 2013, elle aurait besoin d’une puissance de 50 MW supplémentaires pour répondre à la demande. Dans un contexte de croissance démographique, d’augmentation de la demande et de réduction des émissions de CO2, se contenter d’améliorer l’approvisionnement actuel ne suffira pas. La question est d’autant plus complexe que la gestion du réseau, assurée par le gouvernement, échappe à la ville. Pour pouvoir agir à son échelle, les autorités municipales ont choisi de miser sur des actions locales l’efficacité énergétique et les économies d’énergie, moyen rapide et rentable de limiter le gaspillage énergétique de la ville.

L’économie d’énergie, une valeur nouvelle à s’approprier

Reste la question de savoir comment favoriser de bonnes pratiques aussi loin des habitudes. La municipalité a lancé une gigantesque campagne de sensibilisation sur l’énergie en instituant une journée, une semaine et un mois de l’efficacité énergétique. Elle a également diffusé des recommandations d’efficacité énergétique suivant les types de bâtiments et réalisé des études de faisabilité pour généraliser l’usage de thermostats en limitant ainsi la consommation d’air conditionné dans les locaux commerciaux. Selon les autorités municipales, une telle initiative permettrait d’économiser 51 millions de kWh entre 2017 et 2021, soit 28% de la consommation d’air conditionné. De la même manière, recourir à 90% aux ampoules à LED dans les bâtiments commerciaux d’ici 2030 permettrait de générer 1,4 milliard de kWh d’économie d’énergie. La ville compte également sur incubateurs et organismes publics pour dénicher des solutions innovantes alternatives à même d’alléger la contrainte énergétique de Dakar.

Une croissance résiliente qui prône produits locaux, recyclage et secteur informel

Parmi les moteurs de l’économie sénégalaise, le secteur informel contribue pour 42% à la richesse du pays. Mais ce n’est pas sans contrepartie sur la pollution ou la désorganisation urbaine. Avec la stratégie de résilience, le développement doit mieux relier le secteur privé à l’économie informelle en tirant parti des ressources locales. Au-delà de la recherche de partenariats publics et privés, la ville veut apporter un soutien efficace aux PME impliquées dans la résilience et favoriser les activités informelles qui commercialisent des produits et des services locaux. Le challenge est de taille quand les idées reçues du consommateur sur la valeur supérieure des produits importés par rapport aux produits domestiques sont ancrées de longue date. En mettant en place un label #Madeindakar, un système de certification et de contrôle qualité, la ville facilite la production et la consommation de produits dakarois. Mieux, elle autonomise un secteur fragile et stimule la création de coopératives qui formalisent la place économique des acteurs informels. Le bénéfice est double car l’activité informelle, filière majeure du recyclage des déchets locaux, répond au double défi de promouvoir les produits recyclés tout en valorisant les déchets, source de nuisances.

Vers une gouvernance plus décloisonnée et imprégnée des codes de la résilience

Mais toutes ces ambitions sur la transformation urbaine, séduisantes sur le papier, achoppent parfois dans les bureaux de l’organisation administrative lorsqu’il y a chevauchements de périmètres entre ceux des autorités de l’État et ceux de la ville. C’est le cas de l’assainissement, de la sécurité ou de la construction résidentielle. Assurer un partage plus équilibré de la gouvernance entre l’État et les services municipaux est devenu un moyen de rapprocher les politiques de la ville de ses citoyens, notamment via les Agences Régionales de Développement (ARD). Malgré une volonté commune affichée, les malentendus freinent encore la mise en œuvre sur le terrain. En transformant les agents de la fonction publique en émissaires de la résilience, la ville espère accélérer la prise de conscience. En autonomisant les employés chargés d’actions techniques décisives, elle compte institutionnaliser la résilience de l’intérieur et favoriser les conditions de sa mutation au long cours.


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