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« Nouvelles solidarités territoriales » les réactions à chaud du Comité scientifique

 « Nouvelles solidarités territoriales » Les réactions à chaud du Comité scientifique
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Lors de la présentation de la synthèse des travaux de l’année 2018, les membres du comité scientifique ont réagi à chaud en revenant sur les conditions propices à nouvelle solidarité territoriale. Extraits.

Alain Bourdin, sociologue et urbaniste
 « Difficile de comprendre les événements récents si on les réduit à une dimension de justice sociale. La solidarité doit tenir compte d’une société devenue pluri-dimensionelle. »

« Parler du territoire est une convention nécessaire mais trompeuse car le territoire recouvre des réalités très différentes qui se dessinent en peau de léopard. Prenons l’exemple de l’accès aux services collectifs. A un ou deux kilomètres près, trois petites villes peuvent avoir des accès différents aux services et ce faisant, des destins incomparables. A trop raisonner en masse, à ne pas suffisamment prendre en compte cette dimension micro, on ne tient pas compte des réalités qui pèsent sur les territoires.»

Maud Lelièvre, déléguée générale des Eco-maires
« Les grandes métropoles doivent assumer un rôle de solidarité territoriale avec les communes rurales ou les populations en grande difficulté »

« Cette année, nous avons été frappés par le ressenti des maires qui souffrent moins du travail en silo que d’absence de planification. C’est d’autant plus vrai dans les territoires en grande difficulté où la DATAR, aujourd’hui disparue, reste une référence. La planification semble être désormais confiée aux territoires les plus riches. Certains maires regrettaient qu’on sache créer des possibilités de réinsertion pour les réfugiés mais de mixité dans les communes pour réintégrer les populations en difficulté. »

Stéphane Juguet, Anthropologue
« Entre smart city et pop city, adoptons un modèle oblique qui associe les deux »

« Et si on abordait la question des nouvelles solidarités avec un regard clivant ? Aux nombreuses références implicites faites à la smart-city au cours de l’année, j’opposerai la notion de pop city. Quand dans la smart city il est question de big data, dans la pop city, il est question de dignité humaine et de territorialisation de la pauvreté. Quand dans la smart city, on cherche le pouvoir d’agir et la recherche de liberté, dans la pop city, on cherche le pouvoir d’achat et la capacité à s’émanciper. Le lieu d’interconnexion de la smart city c’est le hub, celui de la pop city, c’est le rond-point. Dans la smart city, on casse les standards, on réinvente de nouveaux formats dans un droit à l’expérimentation. Dans la pop city, c’est un droit au braconnage et à la débrouille, faute d’autre issue. Le risque de l’un, c’est la dérive libertaire, celui de l’autre, la dérive populiste. Alors faut-il viser un capitalisme réticulaire ou un principe de décroissance et d’économie de partage ? Peut-être faut-il adopter un modèle oblique qui allie la smart et la pop pour faire ensemble, malgré les différences. »

Pascal Terrien, Directeur de l’institut européen de recherche sur l’énergie Eifer
 « Avec un même tarif pour tous, le réseau électrique représente un levier de solidarité entre les territoires »

« Contrairement à l’Allemagne qui dispose de 800 régimes municipaux différents et donc de 800 tarifs différents d’électricité, la France profite d’un système très centralisé. Le réseau électrique parcourt tout le territoire et permet à chacun de bénéficier d’une électricité au même coût. Il y a une forme d’optimisation nationale de la production dans une région au regard de la demande d’un autre territoire. Le réseau devient ainsi un levier de solidarité entre les territoires qui ont besoin de production, ceux qui ont une potentiel en énergies renouvelables et les autres. «

 Michel Micheau, professeur émérite à Sciences-Po
 « Dans un contexte sous tension, les acteurs territoriaux réclament d’avoir les moyens d’agir »

« L’année a mis en évidence une tension au sein des départements chargés d’un côté de gérer les solidarités inter-territoriales et de l’autre la solidarité à l’égard des personnes. Une autre tension identifiée notamment depuis 3 mois oppose collectivités territoriales avec l’État. Les acteurs du territoire ont besoin de clarification des politiques publiques avec en toile de fond, la question du changement d’échelle. L’intercommunalité ne règle pas tout, c’est à l’échelle du bassin de vie que peuvent se recomposer des modes de solidarité de façon plus pragmatique ».

Christian du Tertre, professeur d’économie à l’Université de Paris Diderot
 « Le patrimoine immatériel est essentiel dans les nouvelles formes de solidarités territoriales. Par exemple, moins on a de patrimoine culturel, plus on est perméable aux intos »

« Les débats ont relevé plusieurs ruptures et notamment la question d’inégalité d’accès aux services. Sur les nouvelles technologies de l’information, au-delà de la fracture numérique, certaines mutations créent une inégalité sociale considérable. On parle beaucoup de fausses informations. C’est le patrimoine culturel qui nous permet de distinguer ce qui est farfelu de ce qui est fondé.  Sans lui, cette capacité d’avoir un point de vue et de traiter la pertinence des informations qui circulent n’est plus assurée ».


Découvrez l’article sur la présentation du bilan 2018

 

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