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A Quito, le métro structure la résilience urbaine et citoyenne

A Quito, le métro structure la résilience urbaine et citoyenne
César Viteri - Unsplash
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Construite à 2 800 mètres d’altitude à flanc de volcan, Quito est à la fois exposée aux risques naturels et aux impacts de son urbanisation anarchique. Pour réduire ses vulnérabilités et consolider ses atouts, la ville a formalisé une stratégie de résilience qu’elle entend déployer pour et avec ses habitants. Colonne vertébrale de cette stratégie, le projet de la première ligne de métro aspire à rompre la ségrégation socio-spatiale des habitants et à réorienter les modèles de développement urbain de la métropole.

Située entre volcans et vallées, la capitale équatorienne de près de 3 millions d’habitants fait face à un aménagement urbain critique et contraint. Depuis plus de 30 ans, l’urbanisation a explosé en faisant fi des risques de catastrophes naturelles. Glissements de terrain pendant la période des pluies, feux de forêt -près de 4000 hectares partis en fumée en 2012- ou risques sismiques et volcaniques - 3 tremblements de terre significatifs depuis 2014-, les menaces sont nombreuses.

Le développement durable est inscrit dans la culture de la ville

Face à ces risques, la force de Quito et de son district réside dans sa gouvernance. Contrairement à d’autres capitales d’Amérique du Sud, Quito se déploie à l’échelle métropolitaine en intégrant la ville, son agglomération et ses espaces ruraux périphériques. Une vision globale qui favorise une approche systémique des problèmes. En 2016, la conférence des Nations unies sur le développement urbain durable, Habitat III, s’est tenue dans la capitale équatorienne et a constitué une étape supplémentaire pour s’emparer de ces défis. De fait, le pays a inscrit la notion de développement durable dans sa constitution et les autorités affichent une forte ambition environnementale et sociale. Ainsi en 2017, Quito a été sélectionnée pour faire partie du réseau ‘100 villes résilientes’ et développe depuis une politique proactive pour muscler sa capacité de rebond face aux menaces tant naturelles que sociales (cf encadré).

Avec un taux élevé de population active, Quito dispose aussi d’une ressource humaine exceptionnelle pour mettre en place des politiques de résilience. Au cœur de son ambition, la ville entend renforcer son développement urbain, économique et social en intégrant les populations les plus exposées, donc les plus vulnérables. Aujourd’hui encore trop dépendante de l’aide humanitaire et étatique, la ville développe le sens de la communauté et des quartiers, dans une logique de résilience par l’entraide.

Remettre l’urbanisation sous contrôle

Parmi les premières mesures, maîtriser l’urbanisation occupe une place centrale. Comment limiter les conséquences désastreuses des catastrophes naturelles sur un tissu urbain désordonné ? La municipalité compte tirer parti des impacts positifs de la nouvelle ligne de métro pour limiter l’étalement urbain dérégulé et éviter les constructions hasardeuses dans les zones particulièrement vulnérables aux catastrophes naturelles. Autrement dit, le district veut inverser la tendance en favorisant la croissance verticale aux points stratégiques desservis par le futur métro plutôt que la croissance horizontale et informelle qui s’est développée jusqu’ici.
Outre son effet rééquilibrant pour le territoire, le métro lui-même doit être résilient dans sa construction pour pouvoir fonctionner et se rétablir en cas de crise ou de catastrophe. Pour cela, le tunnel et les stations sont conçus avec un béton armé pour offrir une excellente résistance aux incendies, inondations et tremblements de terre. Le système d’électrification est redondant pour permettre au réseau d’être opérationnel même lorsque certains composants sont hors service. Un système de communication indépendant et dédié contribue à maintenir le fonctionnement du réseau et à accélérer le retour à la normale.  

De l’évaluation des risques au développement de l’auto-organisation

Les risques sismiques et volcaniques étant omniprésents, le district prévoit d’évaluer ses infrastructures critiques ou à risques avec un double objectif : renforcer les bâtiments existants et reloger les familles installées dans des logements exposés. Pour contrôler l’émergence de nouveaux risques, la municipalité développe un algorithme à partir de trois variables - type de menace, degré d’exposition et niveau de vulnérabilité. L’outil permet de créer ainsi une cartographie des risques et d’optimiser l’allocation des ressources selon les territoires et les risques encourus.  Au-delà des mesures techniques et afin d’éviter la sur-dépendance à l’aide humanitaire, la ville incite également à l’entraide les quartiers exposés aux catastrophes naturelles. Elle a prévu notamment la création d’un réseau communautaire de bénévoles, des campagnes de sensibilisation destinées à former les citoyens à l’observation de leur milieu de vie ou un programme d’assurance universelle pour les bâtiments des particuliers.

Création de la première ligne de métro, l’inclusion sur toute la ligne

Inscrite dans le plan global de développement des transports en commun (TOD, transit-oriented development), la construction de la première ligne de métro en 2020 apparait donc comme un catalyseur de développement inclusif. Avec 15 stations sur 22 kilomètres du nord au sud, le réseau doit contribuer à restructurer les transports publics et à favoriser l’inclusion territoriale des populations. En offrant de meilleures conditions de mobilité, le métro deviendra alors un levier du développement économique et social des quartiers défavorisés et favorisera un meilleur accès à l’emploi.
Au-delà du métro lui-même, le plan global de développement prévoit d’organiser les avantages liés aux transports en commun, à la maîtrise des sols, et à l’aménagement des aires publiques, mais aussi de maximiser le nombre de zones résidentielles, commerciales et de loisirs à proximité des transports en commun.
Sur le plan environnemental, l’arrivée du métro rebat aussi les cartes. En réduisant les déplacements en voiture particulière et en transférant certains déplacements sur le réseau cyclable, la municipalité veut réduire ses impacts environnementaux. En dépit du terrain vallonné, le système de vélo en libre-service mis en place depuis 2012 a rencontré son public. Mais consciente du frein topographique, la ville propose désormais une flotte de vélos électriques et une nouvelle piste cyclable de 45 km pour sécuriser les trajets.

La participation citoyenne et la coopération en fil rouge

Reste que sans adhésion ni relais des populations, ces initiatives urbaines pourraient manquer leur objectif. Pour inciter les habitants à participer à la vie politique et citoyenne, la ville déploie des programmes de formation destinés aux assemblées de quartiers. La population est sensibilisée aux prises de décisions politiques et aux processus démocratiques par la mise en place de « leaders » de communautés. L’objectif consiste à développer le leadership, l’esprit d’entrepreneuriat et la participation aux assemblées citoyennes. Dans une logique d’inclusion, la municipalité prévoit d’étendre ces programmes aux écoles et universités pour les jeunes de 16 à 29 ans.
Enfin, pour encourager ses populations à coopérer et s’entraider, la municipalité compte aussi s’appuyer sur une plateforme citoyenne numérique permettant aux habitants de s’engager que ce soit dans le cadre d’un budget participatif ou pour prendre position dans les politiques publiques.

En octobre 2019, lors d’une crise sociale liée à la hausse des carburants, la capitale s’est trouvée paralysée par des grèves et des manifestations violentes. L’avenir dira si la culture de résilience développée par la métropole aura contribué à faciliter la sortie de crise.

Les 5 engagements de Quito vers la résilience

En 2017, le District Métropolitain de Quito (MDQ) a présenté la stratégie de résilience de la ville autour de cinq engagements à l’horizon 2040 :
•    des citoyens intégrés et responsabilisés : renforcement du tissu social et des processus participatifs, développement du principe de co-responsabilité entre citoyens et municipalité.
•    un environnement robuste et durable, gestion et conservation des espaces naturels de la ville par des mécanismes d’administration participatifs et recours aux solutions durables.
•    une ville inclusive et compacte, optimisation des impacts positifs de la première ligne de métro pour contrôler l’étalement urbain et création d’un système propice à la mobilité active (vélo).
•    une économie solide et innovante, renforcement des secteurs productifs, diversification des filières responsables pour une économie diversifiée ouverte sur l’employabilité des jeunes.
•    un territoire sûr et réfléchi, analyse des  risques et des vulnérabilités de la ville pour mieux la préparer aux nouvelles catastrophes naturelles ou d’origine humaine.

Source : réseau des 100 villes résilientes, cities-today.com

 

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Crédit Photo
César Viteri - Unsplash