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Ramallah s’empare de la résilience pour reprendre la main sur son destin

Ramallah s’empare de la résilience pour reprendre la main sur son destin
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En dépit d’un périmètre contraint, de tensions politiques et de défis économiques et environnementaux complexes, la capitale administrative de l’Autorité palestinienne fait preuve d’une capacité d’adaptation sans équivalent. Résolument optimiste, la municipalité se concentre sur « les possibles », déterminée à devenir une ville résiliente de référence et un chef de file de l’indépendance du territoire.

Perchée à plus de 800 mètres au-dessus de la mer, Ramallah se situe dans une zone vallonnée au cœur de la Cisjordanie. Malgré des cycles d’occupation et d’immigration massives qui ont mis à mal son développement depuis le début du 20e siècle, la ville a réussi à devenir un modèle pour la région, attirant les habitants des autres cités de Cisjordanie (Naplouse, Jéricho ou Hébron). Aujourd’hui, toujours sous occupation israélienne, l’Autorité palestinienne doit composer avec un espace limité, un accès contraint à ses ressources vitales en eau et énergie un manque de contrôle de ses frontières et avec des restrictions de déplacements pour ses habitants. Cela n’a pas empêché la ville de connaitre une croissance rapide ces dernières années avec des effets vitalisant sur l’économie et l’emploi mais aussi des contreparties sur la mobilité et l’accès aux services.

Malgré une forte expérience terrain, un besoin de matrice pour consolider la résilience

Dans une ville marquée par des conflits politiques majeurs, relever les défis économiques et environnementaux s’opère sous forte contrainte. En 2017, consciente d’avoir une expérience atypique à partager mais aussi encore beaucoup à apprendre, Ramallah a rejoint le réseau 100 villes résilientes . Pour répondre aux défis de sa condition urbaine, la municipalité a analysé les interactions entre l’ensemble des chocs aigus et les stress chroniques identifiés et les a considérés à travers les lunettes de la résilience. La réflexion croisée menée avec la collectivité, les partenaires et un large éventail de citoyen a été féconde. Avec 37 actions concrètes, à la fois distinctes et interconnectées, la politique de résilience a fixé la feuille de route fondée sur 3 priorités à atteindre en 2050 : reprendre le contrôle de son développement, mettre en place une gouvernance plus responsable et tirer parti de tous ses potentiels intellectuels et culturels.

Reprendre le contrôle vers une culture d’indépendance et d’autodétermination.

A Ramallah, le contrôle est un fil conducteur commun à tous les domaines de résilience. En matière de ressources notamment. Si l’ingéniosité et l’adaptabilité ont aidé la région à poursuivre son développement, la résilience durable suppose un contrôle effectif de ses ressources en eau et en énergie, sur la gestion de ses déchets et la libre circulation de la population. Depuis 2006, la Joint Coordination Unit coordonne les efforts de Ramallah avec ses deux villes voisines Al-Bireh et Beitunia pour réaliser des économies d’échelle et dépendre le moins possible des ressources extérieures. En matière d’énergie d’abord, via le développement de systèmes de chauffage solaire ou la production d’énergie à partir des déchets. Il s’agit également d’optimiser la gestion de l’eau par la planification de la ressource, par la récupération systématique des eaux pluviales ou le traitement des eaux usées. Dans l’espace contraint, la gestion des déchets est aussi particulièrement cruciale. Alors que les déchets sont habituellement collectés pour être traités à des milliers de kilomètres, la région souhaite tirer profit du recyclage et lever les obstacles au développement d’une installation de production d’énergie à partir des déchets résiduels. Au programme un dispositif pour favoriser un meilleur tri, une valorisation des déchets solides et l’élimination de ceux qui sont dangereux. Autant d’actions résilientes aussi bien pour l’environnement que pour la santé publique.

Qui dit plus grande indépendance, dit aussi meilleur contrôle sur les investissements. Pour réduire sa dépendance à l’égard de l’aide internationale qui a longtemps contribué à l’économie locale, la municipalité cherche à attirer des investissements étrangers directs notamment via la diaspora palestinienne à l’étranger. Elle a également défini de nouvelles lignes directrices en matière d’investissement pour rassurer les assureurs et décideurs et les inciter à développer des projets rentables au service de la collectivité.

De même, pour redonner liberté et sécurité aux résidents, notamment aux femmes, le plan Ramallah 2050 prévoit de modifier en profondeur son système de mobilité par la mise en place de transport public. Une action qui en réduisant le trafic améliorera la qualité de l’air et favorisera la cohésion sociale par l’accès à une mobilité plus équitable.

Développer la culture de l’autosuffisance suppose aussi un secteur de santé solide. Malgré l’augmentation de la population de la région ces dernières années, les structures sanitaires et sociales n’ont pas suivi. Alors qu’elle observe notamment une forte incidence de cas de cancer et de stress psychosocial, Ramallah veut développer des solutions de prise en charge et de détection précoce au sein du territoire. En réduisant la demande de soins par une meilleure prévention, en diminuant le recours aux traitements à l’étranger, la gouvernance souhaite muscler l’offre de soins et limiter sa dépendance à l’égard de l’aide médicale internationale.

Une gouvernance plus transparente et plus coopérative

Comparée à d’autres participants du réseau 100 RC , la municipalité admet qu’à Ramallah, le modèle démocratique est relativement nouveau. La participation citoyenne existe mais l’amélioration du dialogue avec les parties prenantes a besoin d’un cadre législatif plus clair et mieux structuré. Ramallah en a conscience, la réussite des actions de résilience dépend en grande partie de la gouvernance. Par exemple, tenir compte des interdépendances entre les trois communes voisines peut favoriser de nouvelles collaborations entre les villes et la région, notamment à travers des modes de décision « partagés ».

Exigeante sur ses résultats, la municipalité veut évaluer ses performances, consciente que certaines décisions prises « avec les meilleures intentions du monde » privilégient parfois les opinions d’experts au détriment de retours d’expérience documentés. Pour augmenter la confiance à l’égard des institutions, le plan de résilience prévoit d’impliquer davantage la population et les entreprises dans la gouvernance via des réunions publiques, des comités de quartiers et les réseaux sociaux.


Des potentiels à libérer pour inviter les habitants à se réapproprier la ville

« En Palestine, il faut beaucoup d’énergie pour survivre, encore plus pour s’épanouir » est-il indiqué dans le plan de résilience Ramallah 2050. Riche de son cadre montagneux et de ses traditions, Ramallah dit l’être aussi de son expérience du conflit. Face aux réalités de l’occupation parfois épuisantes et déresponsabilisantes, la culture devient pour le territoire un potentiel de croissance économique mais aussi un outil crucial pour affirmer ses valeurs de diversité, d’inclusion, d’égalité des sexes et de liberté individuelle. Ramallah croit au patrimoine culturel comme mécanisme puissant pour fédérer les communautés, via notamment la transmission dès l’école d’une identité civique et cohésive ou le développement de l’industrie touristique portée par les sites historiques et religieux.

Moins attendues, plusieurs actions misent sur le capital culturel et intellectuel de la région. Par exemple, Ramallah a prévu de créer un TechPark pour soutenir le secteur des nouvelles technologies en encourageant les start-ups, la culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat. L’initiative entend aussi améliorer l’égalité femmes-hommes car si les femmes représentent 16% de la population active, leur taux de participation grimpe à 31% dans les start-ups. Sur le même principe, la municipalité veut donner aux citoyens les moyens d’être acteurs de la résilience. D’abord en les sensibilisant sur leurs droits mais aussi, compte tenu d’un espace public contraint, en leur mettant à disposition des aires propices aux rassemblements et à la création.

Un plan de résilience imprégné d’énergie et d’optimisme

Ainsi au fil de ses 37 actions ambitieuses, la stratégie de résilience montre la volonté du territoire de s’inscrire dans une démarche proactive et optimiste, à l’instar de son traitement de la question des réfugiés qui se pose de manière atypique pour la ville. Contrairement aux pays confrontés à l’afflux de migrants, le défi de la Palestine réside dans le déplacement de sa propre population en raison de l’occupation en cours. Les camps surpeuplés représentent l’un des grands défis économiques, sociaux, sanitaires et environnementaux de la région. Par la résilience, en devenant plus inclusive et source de cohésion à travers l’accueil et l’intégration des migrants, Ramallah veut améliorer sa capacité à devenir plus accueillante pour tous. Car en tirant parti de son expérience en faveur des moins favorisés, la ville continue à créer des opportunités au service de l’ensemble des résidents de la région, la confiance chevillée au territoire.


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