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Semarang, quand la résilience climatique nourrit la résilience sociale

Semarang, quand la résilience climatique nourrit la résilience sociale
Rachmad Ary Wibowo de Pixabay
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Entre risque d’inondations, croissance démographique forte et pauvreté endémique, la capitale côtière de Java en Indonésie a choisi de réduire sa vulnérabilité par une politique de résilience climatique qui favorise une meilleure protection et cohésion sociale.

Au nord de Java, Semarang est situé sur la façade océanique de l’île. Avec 1,5 million d’habitants, la 5ème plus grande ville d’Indonésie connait une urbanisation croissante dans une zone littorale affectée par le dérèglement climatique. La ville continue à croître alors que le niveau de la mer s’élève sous l’effet de l’érosion marine, les bâtiments et infrastructures s’affaissent progressivement, en particulier le long de la bande côtière plus exposée aux effets systémiques et aux menaces grandissantes d’ouragans et d’inondations. De par son rythme et son ampleur, l’urbanisation a créé une congestion qui aggrave les conséquences du risque climatique sur la population, notamment les plus pauvres. Dans les terres, la partie sud de la ville qui faisait office de zone de conservation devient de plus en plus menacée. Consciente de l’interdépendance de ces risques, Semarang s’est emparée du sujet en devenant la première ville indonésienne à participer au réseau « 100 villes résilientes » .

Dès 2009, Semarang a initié son programme de résilience financé par la Fondation Rockefeller autour de 6 piliers fondateurs (cf encadré). Traiter les risques liés à l’hyper-urbanisation qui menacent la pérennité géographique, économique et sociale de la ville appelle une stratégie de préparation aux catastrophes et la mise en place d’une gouvernance.  Mais pas seulement. Pour la ville, il s’agit aussi d’assurer une eau et une énergie durable, de développer une mobilité intégrée et des ressources humaines compétitives, trois axes qui contribuent à renforcer l’avenir économique et la cohésion sociale de la ville.

Les 6 piliers de la résilience à Semarang
  1. L’eau et l’énergie durables
  2. De nouvelles perspectives économiques
  3.  Préparation aux catastrophes et aux maladies
  4. Une mobilité intégrée
  5.  Une gouvernance efficace
  6.  Des ressources humaines compétitives

Entre inondation ou pénurie, vers une juste gestion de l’eau

Faire face au risque de pénurie d’eau. Avec l’augmentation de la population, les besoins en eau potable explosent. La ville estime que les besoins en eau propre continueront d’augmenter jusqu’à 200% au cours des 15 prochaines années. Sources, eaux souterraines ou eaux de surface, la qualité de l’eau est en plus menacée par les déchets. A cette difficulté, s’ajoute l’intrusion de l’eau salée dans la partie nord de la ville. Les solutions pour trouver une ressource en eau durable sont d’autant plus cruciales que l’utilisation excessive des eaux souterraines contribue à l’affaissement des terres. Un défi à relever dans des conditions topographiques contrastées quand certaines zones sont dotées d’une pente de 20 à 40% qui freine la mise en place d’un service d’eau potable. Dans ce contexte de pénurie, le système d’assainissement est stratégique ce, d’autant plus que les déchets urbains peuvent aussi devenir la cause d’inondations.

Parmi les actions du plan de résilience, massifier la collecte de l’eau de pluie présente plusieurs avantages : préserver la ressource en eau mais aussi réduire le ruissellement dans la ville, limiter les nuisances des déchets et minimiser les risques d’inondation. Deuxième priorité, optimiser l’utilisation des eaux de surface (cours d’eau, étangs, eaux de ruissellement…) qui évitent le recours aux eaux souterraines à l’origine de l’affaissement des sols et de l’intrusion d’eau de mer. La construction de nouveaux réservoirs (étang et bassins de rétention,..) permet une collecte plus efficace des eaux exploitables. Pour irriguer les plantations, le recyclage des eaux grises est une alternative développée par la ville. A plus long terme, une politique de reboisement permet de préserver les zones amont capables de réhabiliter les eaux souterraines.

Energie, de la sobriété au recyclage des déchets

A l’image des besoins croissants en eau, l’augmentation de la population s’accompagne aussi d’une hausse de la consommation d’énergie. Malgré une capacité de 2000 MW apportée par les neuf centrales relais de Semarang, les pannes de courant sont monnaie courante. En dépit de l’épuisement progressif des énergies fossiles dans la région (pétrole, gaz et charbon), ces ressources restent majoritairement utilisées pour satisfaire les besoins énergétiques de la ville. Face à ces défis, les autorités de Semarang ont décidé d’encourager les économies d’énergie par les changements de comportements et de développer les énergies propres. En 2014, le WWF a nommé Semarang ville économe en énergie pour ses efforts de réduction des gaz à effet de serre et de consommation d’énergie. Pour limiter sa dépendance aux ressources fossiles, la ville développe les énergies de substitution et la production de biogaz à partir du recyclage des déchets organiques.

Les failles du transport public renforcent l’usage du véhicule privé

Réduire la consommation d’énergie passe aussi par une mobilité responsable. A Semarang, la mobilité est devenue un élément structurant de sécurité, d’inclusion géographique et de cohésion sociale. Au fil des années, la zone industrielle s’est déplacée à la périphérie de la ville mais les zones urbanisées dont la croissance est tentaculaire ne disposent pas d’infrastructures de transports ad hoc. Cette insuffisance des réseaux de transports publics incite la population à utiliser sa propre voiture, créant une augmentation de trafic que l’expansion des routes n’arrive pas à absorber. La mise en place d’une mobilité efficace doit prendre en compte à la fois les effets de congestion et l’étalement du développement régional. Malgré 2 000 minibus publics, 90 lignes de cars, certaines zones ne sont pas desservies. Le parc de bus vieillissant et insuffisant, les périodes d’attente prolongées et l’obligation de payer à chaque changement de bus continuent à détourner les populations du transport public au profit du transport privé, contribuant à creuser les inégalités.

Vers une mobilité plus équitable

La ville s’est fixé plusieurs priorités à la fois pour réduire l’isolement social et favoriser la prospérité économique par un meilleur accès à l’emploi. Semarang a ainsi décidé d’optimiser le transport intermodal en intégrant itinéraires et tarifications coordonnés et de développer une meilleure connectivité entre les nœuds de transport public pour fluidifier le transport rapide de masse. La ville a également renforcé le service de bus scolaire, indispensable pour assurer l’enseignement à une population dénuée de capacité financière. L’amélioration des pistes piétonnières et cyclables facilite également l’accessibilité des populations excentrées. A une échelle plus macro, la ville entend rationaliser la gestion institutionnelle du transport public par une meilleure gestion organisationnelle des acteurs clés, par la mise en place d’un consortium qui coordonne les flottes de transports. Elle prévoit également l’expansion du réseau de transport public dans des zones stratégiques de croissance de manière à limiter l’étalement urbain.

Relancer la compétitivité de la ville par l’employabilité

Desservir les zones clés fait partie des enjeux stratégiques car l’isolement alimente le sous-emploi. Or dans la région, le taux chômage dépasse largement le niveau national. Historiquement ville industrielle, Semarang est progressivement devenue une ville de commerce et de services sans pour autant disposer de la main-d’œuvre adaptée. De plus en plus, les emplois disponibles exigent a minima un diplôme secondaire. Pour faire face à ces changements, la ville a décidé d’améliorer la qualification de la main d’œuvre, de renforcer le potentiel éducatif à tous les stades de la chaîne d’apprentissage pour améliorer l’employabilité de la population.
La création d’une plateforme d’emplois en ligne s’inscrit dans cette logique d’employabilité : les demandeurs d’emploi entrent directement en contact avec les employeurs en demande, la main d’œuvre souvent basée à la périphérie de la ville bénéficie ainsi d’un accès simplifié et élargi aux emplois.

Recentrage vers les métiers porteurs, facteur d’inclusion sociale

Cette recherche d’adéquation entre les besoins et les ressources humaines s’appuie également sur un meilleur alignement des compétences aux secteurs économiques stratégiques. Dès le secondaire, les élèves se voient proposer des formations spécialisées, une sensibilisation aux métiers et aux branches les plus prometteuses ou une formation technique adaptée aux besoins du marché pour diminuer le chômage des catégories les moins qualifiées.  
Ainsi, que ce soit à travers des bourses d’études, des services de formation continue ou des centres d’apprentissage pour renforcer les compétences des adultes, la stratégie de résilience s’attache à développer un processus inclusif et équitable. La ville entend ainsi régénérer le tissu social et, en vivifiant la proximité, l’économie et l’emploi, renforcer la capacité de résistance des citoyens en situation de crise ou de catastrophe.

Sources :
Cerema, www.cerema.fr
100 villes résilientes, https://100resilientcities.org/cities/semarang/

 

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Crédit Photo
Rachmad Ary Wibowo de Pixabay