Lors de la matinale du 5 juin 2018, Marie Defay, directrice générale déléguée de l’Agence de Développement et d’Urbanisme de Lille Métropole, a exposé les mécanismes interterritoriaux de solidarité sur la Métropole Européenne de Lille (MEL) et son aire d’influence. 

La MEL se compose de 90 communes pour 1,1 million d’habitants et se situe dans une conurbation,entité urbaine dense incluant au sud de son territoire, l’ancien bassin minier et au nord, des intercommunalités belges. Sur cet ensemble, la population oscille entre 3,5/4 millions.Quant à Lille,capitale économique et régionale, elle est peuplée de 230 000 habitants.

Axes de réflexion de l’Agence de Développement et d’Urbanisme

Des études sur la disparité des revenus menées à l’échelle de l’aire d’influence de la Métropole ont mis en avant une augmentation conséquente de la pauvreté. Au sein de la MEL, 20 % des populations habitent dans des « quartiers prioritaires de la ville » et un peu moins de 20 % se situent en-dessous du seuil de pauvreté. Cela entraîne des taux de concentration élevés de populations pauvres avec, à l’opposé des communes dont les habitants aisés sont souvent propriétaires de leur logement, fréquemment individuel. Il en résulte des territoires à la géographie sociale marquée. Lille n’échappe pas à ce constat. Si l’augmentation des situations de dénuement se vérifie dans la majorité des communes sur laquelle l’étude a porté, des municipalités de la région Hauts de France ont moins de 5 % de leur population en difficulté.

Parcours résidentiels et précarité

Une étude sur les mouvements résidentiels montre que les populations fragilisées déménagent souvent. Ces déplacements s’effectuent entre communes ou quartiers de profils identiques. Ainsi, l’aggravation de la pauvreté ne s’expliquerait pas par des migrations vers des secteurs déjà en difficulté.

Les personnes se retrouvant dans une extrême précarité, sont confrontés à des multitudes de problèmes : la santé, cause et résultante de leur situation ; l’impossibilité de se chauffer, etc. Ainsi, nombre de familles modestes résidant dans le périurbain, éloigné des bassins d’emploi, ont leur budget grevé par le poste « carburant ». L’urgence de se loger prenant la priorité sur les autres nécessités. Le poids de l’histoire industrielle, celui des catégories socio-professionnelles apparaît alors plus fort que la géographie. 

A l’inverse, les cadres migrent vers des quartiers qui vont conforter, voire amplifier le caractère aisé de communes. Les choix résidentiels apparaissent, selon l’étude, comme l’explication de l’intensification de la spécialisation des territoires métropolitains. L’accessibilité ne dépendant pas seulement de la proximité géographique, mais accolée au niveau des revenus.

Agir par la coopération territoriale

De premières expériences menées au sein d’une euro-métropole réunissant de nombreux acteurs, il ressort que les méga-systèmes sont peu appropriés à l’échelle du quotidien. Les coopérations bilatérales avec des projets concrets comme objectif ont l’avantage de la souplesse pour« le faire ». Mais il est vrai, insiste Marie Defay, qu’il faut inventer. Sans doute, suggère-t-elle, en changeant de focale pour regarder les territoires ; favoriser leur compréhension par une analyse des flux plutôt qu’à partir des périmètres institutionnels. Sujet mal maîtrisé par les techniciens qui admettent avoir du mal à transmettre cette vision à des élus sont attachés aux périmètres institutionnels. Aboutir à des représentations cartographiques plus dynamiques,mettant en valeur les flux entre les territoires sont des sujets d’actualité pour l’agence de développement et d’urbanisme de la MEL. Il s’agit par ce biais de distinguer les enjeux de coopération entre les territoires ; de considérer ces derniers comme une ressource. Un changement d’état d’esprit.