Lors de la matinale du 5 juin 2018, Stéphane Cordobes, responsable des activités de prospective stratégique, de recherche et d’étude au Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) est revenu sur les modes d’appréhension possible des fractures et des inégalités territoriales.

Stéphane Cordobes ne conteste pas l’existence d’une précarisation et d’inégalités dans les territoires mais interroge la pertinence du terme fracture pour nommer, rendre compte et concevoir une politique publique efficace. La France s’est dotée de systèmes d’observation pour mesurer les écarts entre les périmètres territoriaux. Mais à quel moment considérer un écart comme une fracture ? Stéphane Cordobes pointe l’absence de débats récents où, des citoyens, l’Etat, les acteurs se seraient entendus pour définir les écarts injustes nécessitant, pour les corriger, des interventions publiques. Il rappelle que les indicateurs traditionnels apportent des connaissances sur le revenu médian, l’évolution de l’emploi, l’évolution démographique. Données qui ne disent pas grand-chose des fractures territoriales. Comment alors mettre en place des politiques publiques pour lutter contre ces fractures ?

Des acteurs mis en capacité d’agir sur les inégalités ?

Si l’objectif de la politique de la ville est de mieux respecter l’égalité des droits de façon uniforme, Stéphane Cordobès rappelle que pour l’économiste Amartya Sen, l’égalité en droits ne suffit pas. Il faut créer les conditions pour rendre les acteurs capables (du point de vue social)de répondre par eux-mêmes à ces questions d’inégalité ou de fracture. Celles-ci n’étant pas ressenties de la même façon par tous ;pas toujours identifiées aux mêmes endroits ; voire,invisibles pour certains.

Les travaux de Bruno Latour en France, d’Alberto Managhi en Italie revendiquent le fait que les écosystèmes territoriaux viables, résilients, résurgents seraient des solutions envisageables pour répondre aux phénomènes de précarisation. L’enjeu serait alors de repenser le territoire à l’échelle de bio régions plutôt qu’à l’échelle de territoires communaux. Ces bio régions constitueraient une maille pertinente pour penser les modes de développement futurs de ces espaces. Car actuellement, les politiques régionales, seules n’ont pas la possibilité d’engager les territoires vers des mutations positives ; d’agir véritablement sur le niveau de pauvreté des territoires.

Anticipations institutionnelles

Outre la nécessité d’inviter à un « vrai » débat public sur ce qui constitue les inégalités ; de mettre à plat la façon dont l’argent irrigue les territoires, Stéphane Cordobes imagine qu’il serait profitable de finaliser la décentralisation, d’abord en reconnaissant la part importante d’initiatives revenant aux collectivités,puis de leur laisser jouer un rôle majeur dans la mise en œuvre de politiques locales, de leur octroyer la capacité de prendre leurs responsabilités. Il s’agit d’un travail collectif à effectuer pour inventer et faire émerger de nouveaux modèles.

Les territoires de demain sont moins les collectivités que les populations et les acteurs qui vivent dans ces écosystèmes ; la question du territoire forclos et de  l’identité du territoire est moins prégnante que la question de l’hospitalité et des échanges avec l’extérieur. Et dans ce cadre, il est vain d’opposer territoire et réseau. Si les spatialités sont différentes, leur articulation est indispensable pour réfléchir les territoires de demain.