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Résilience, Territoires & Énergie

« Le marketing territorial peut aider à rendre un territoire résilient »

Franck Vallerugo
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Ils se sont prêté au jeu de définir les ressorts de la résilience, chacun, avec ses spécialités, ses expériences au sein du comité scientifique de l’Atelier Energie & Territoire.
Cette semaine, Franck Vallerugo, professeur titulaire de la chaire d’Économie urbaine de l’ESSEC.

Selon vous, quels sont les 3 principaux critères d’un territoire résilient ?

Je vois plutôt 3 situations qui concourent à assurer un certain niveau de résilience territoriale.
La première, c’est être capable de revenir à un état antérieur, voire amélioré, après avoir subi une crise, qu’elle soit naturelle ou liée à l’homme. Tremblements de terre, inondations sont des problèmes compensés par des logiques d’assurance ou des politiques publiques. La capacité à revenir à un état antérieur dépend alors du niveau macro-économique de départ. C’est évidemment plus facile à la Nouvelle Orléans qu’au Rwanda mais globalement, ça reste difficile. L’exemple de l’industrie horlogère dans la deuxième moitié du XXème siècle est assez emblématique d’une résilience économique et sociale de ce premier type. Besançon avec l’entreprise LIP d’un côté et la Suisse avec ses districts industriels d’horlogerie de l’autre. Pendant des années, les deux territoires ont fait de cette activité un pilier de leur économie locale. Lorsque la montre électronique japonaise a inondé le marché, la montre mécanique s’est effondrée. En France, nous étions dans un système de gestion rigide, peu résilient. Tout a été fait pour sauver l’entreprise LIP à Besançon, l’État a investi des millions, rien n’y a fait.  A l’inverse, malgré une crise de semblable gravité, les Suisses grâce à leur modèle endogène de développement (on parle d’accumulation flexible du capital) ont su capter l’innovation, la transférer aux réseaux de PME et PMI qui avaient tissé des liens puissants avec les collectivités locales, leur personnel, les banquiers, le tout dans un écosystème très maillé entre les acteurs. Ils ont mis en place des écoles de formation, la diaspora est revenue et la Suisse a réussi à prendre le virage de la montre électronique.
Deuxième situation, c’est la capacité d’un territoire à s’adapter à une situation dégradée en maintenant ou en transformant son activité ou en atténuant les dégâts. L’exemple de Détroit, autre cas de résilience économique, est ici assez emblématique d’une ville qui commence à renaître de ses cendres après que sa mono-activité dans l’industrie automobile ait subi une crise sans précédent. Lorsque la ville a fait faillite, la logique de cost-killing portée par les pouvoirs publics a, dans un premier temps, réduit à néant les possibilités de renaissance. Mais un « processus de succession » cher aux sociologies s’est mis en place. Si dans un premier temps les populations afro-américains se sont substituées aux blancs et ont présenté un très fort taux de pauvreté, de nouveaux acteurs s’installent désormais dans la ville, startupers et autres créateurs qui transforment peu à peu le tissu économique et social.  La ville et ses acteurs ont eu ici une plus grande capacité de résilience que les politiques publiques.
Troisième situation, qui n’est pas toujours considérée comme relevant de la résilience, c’est la capacité à anticiper les difficultés liées aux crises et à éviter de reproduire les erreurs du passé.

Quelles sont les difficultés de mise en œuvre ?

En raison de leur histoire économique et de leur géographie, certains territoires sont plus résilients que d’autres. Les deux premières situations précédemment décrites renvoient à un certain déterminisme qui ne peut être compensé que par une prise de conscience collective et sur le long terme. Mais c’est là une des principales difficultés de mise en œuvre (cf. ci-après le recours au marketing territorial). Par contre, la troisième situation est beaucoup plus de la responsabilité directe des acteurs, même si éviter en conscience de reconstruire en zone inondable s’oppose souvent à la pression foncière et économique. L’Etat américain refinance massivement l’industrie automobile à Detroit (tout en réaffirmant sa posture libérale) et rétablit ainsi les conditions d’une nouvelle chute. La bulle immobilière qui se reconstruit à Dubai participe de la même inconscience assumée…

Quelles seraient les conditions pour réussir la résilience ?

En termes de résilience économique, je pense à la mise en place d’un marketing territorial. Autrement dit, à la capacité des élus locaux à considérer que le développement d’une ville relève du marché. Quand un citoyen ou une entreprise s’installe, elle prend en considération plusieurs critères comme le prix de l’immobilier, la proximité du lieu travail,  le niveau de services ou la qualité de vie. Développer des offres qui répondent aux marchés de localisation et de consommations de services, c’est augmenter l’attractivité économique et résidentielle du territoire. On augmente la démographie, on fait baisser le chômage et on se met en condition de résilience en cas de crise ou d’effondrement économique. Plus on diversifie la capacité économique, mieux on anticipe le choc. Il s’agit de produire un plan stratégique de développement, un diagnostic partagé par tous les acteurs, pour déterminer des axes et des actions qui répondent à la demande, identifier les points de fragilité et de crise potentielle et en déduire des actions de compensation.

 

Retrouvez l'entretien de Jacques Faye sur la thématique Résilience, territoires & énergie.

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Thématique
Résilience, Territoires & Énergie