Aller au contenu principal

Programmes, méthodes, outils numériques… Freins ou accélérateurs de résilience ?

Programmes, méthodes, outils numériques… Freins ou accélérateur de résilience ?
BURNOD JEAN LOUIS
Partager :

Au cours de la 1ère Matinale consacrée à la résilience s’est posée la question des facteurs qui facilitent ou inhibent la capacité de rebond dans les territoires. Certains pourraient se révéler paradoxalement contre-productifs dans la mise en œuvre de la résilience.

A l’occasion des nombreux échanges entre l’auditoire et les membres du comité scientifique, plusieurs outils ou méthodes ont spontanément émergé de la discussion. Le point sur 6 facteurs passés au crible.

Les bonnes pratiques

Pour favoriser la résilience, peut-on imaginer des fiches de bonnes pratiques à destination des décideurs locaux ?  Alain Bourdin est catégorique. Nous disposons d’exemples sur des manières d’agir qui sont une base de réflexion pour s’approprier les démarches lorsqu’il est question d’anticiper, de gérer la vulnérabilité ou la crise. Mais dès lors qu’on les transforme en bonnes pratiques ou en recettes, on les fige et on perd immédiatement sa capacité de résilience. Une idée confirmée par Ariella Masboungi. Lorsque les villes doivent rentrer dans des cases ou des cadres, elles appliquent des règles et ne sont plus dans la construction de scénarios de résilience adaptés aux réalités de leurs territoires.

Les scénarios de résilience

S’il n’y a pas de bonnes pratiques, sur quoi s’appuyer pour améliorer son niveau de résilience ? Il n’y a pas de programmes à suivre, en revanche chaque ville peut construire son scénario de résilience, rappelle Ariella Masboungi. Avantage du scénario, il permet d’entrecroiser une diversité de secteurs (économie, urbanisme, énergie, alimentation, écologie..) et peut aider la ville à se projeter dans une attitude proactive d’espoir en partant de ses atouts, de son identité propre.


Le retour d’expérience

Que penser de l’initiative de la Fondation Rockefeller, 100 villes résilientes ?
Pascal Terrien évoque l’intérêt de la démarche qui consiste à financer des « chief resilience officer » dans une centaine de villes du monde entier, comme Paris, Singapour ou San Francisco. Un des enjeux de cette initiative serait d’avoir le retour d’expérience aussi bien dans de grandes que de petites villes. Comment chacune aborde-t-elle ce sujet de la résilience ? L’initiative a le mérite de réunir une matière à mettre en commun pour approfondir des thèmes d’étude.

Les procédures métiers

Pour aborder la résilience, on a tendance à se concentrer sur ce qui est prévisible, analyse Christian du Tertre. On déploie un raisonnement rationnel en lien avec ce qu’on connait déjà. L’enjeu consiste à sortir des silos, à éviter les visions auto-centrée pour voir comment faire un système ensemble. Reste qu’aujourd’hui, la cible est souvent plus diffuse. Nous sommes dans une situation où le chemin se construit en avançant suivant l’objectif fixé.

Dans l’énergie, précise Pascal Terrien, la France connaît un phénomène de décentralisation déjà à l’œuvre en Allemagne. Pour les Français, cela suppose de porter un autre regard : comment arriver à casser les strates horizontales à différentes échelles et les silos verticaux où se dressent successivement les énergéticiens, les économistes, les urbanistes, etc.
Pour lui, être résilient, ce n’est pas seulement comment le réseau électrique peut résister à des chocs mais quelle place les différents acteurs doivent-ils occuper pour assurer plus de résilience à partir de cette énergie. La solution se trouve donc dans un mix de solutions qui intègre énergie, social, environnement, nouveaux modèles d’affaires, etc.  


L’innovation

Quel rôle l’innovation peut-elle jouer pour aider des territoires à développer des attitudes résilientes ? Quand on regarde comment se fabrique des projets urbains, on voit qu’il y a une quête incessante d’innovation, remarque Alain Bourdin. On est dans une course aux nouveaux services. Mais cette quête peut devenir un obstacle majeur à la prise de distance. Cela ne veut pas dire qu’il faut oublier l’innovation mais plutôt se demander comment la gérer pour qu’elle se mette « au service de ».

L’innovation à la française a tendance à fabriquer des petits objets merveilleux isolés de leur environnement, par exemple une baignoire en or dans une maison bancale, analyse Ariella Masboungi. L’innovation devient intéressante quand elle permet de générer de la valeur partout. Pour reprendre les mots de David Mangin : ce qui serait extraordinaire serait d’améliorer l’ordinaire.

Christian du Tertre le confirme. Au 19ème siècle, l’innovation était toujours associée au progrès social. Aujourd’hui, avec le numérique, l’innovation technologique n’est pas au service du progrès social et peut même s’y opposer. On a tendance à penser que plus on innove, plus on avance. C’est une erreur tant que l’innovation remplace le progrès et se fait au détriment d’un projet collectif qui profite à tous.

Le numérique

Pourtant, comme le souligne Pascal Terrien, le numérique est essentiel pour apporter de la résilience au réseau électrique notamment. Le compteur Linky apporte une marche fondamentale dans l’amélioration de la qualité du réseau. Il permet de connaître l’état du réseau, de donner des marges de flexibilité, d’éviter la panne. Mais corolairement, le numérique introduit des vulnérabilités par des risques de cyberattaques informatiques.

Reste que le numérique apporte aussi d’autres réponses dans le secteur de l’énergie. Il permet de gérer un système de plus en plus décentralisé et il contribue à définir des concepts énergétiques adaptés aux quartiers comme c’est le cas à Moscou. L’intérêt n’est pas l’outil de modélisation lui-même mais la capacité offerte aux acteurs de discuter et d’améliorer la résilience face au changement climatique notamment.

Ariella Masboungi confirme que lorsque le numérique « se met au service de… », l’approche est porteuse de valeur. A Madrid, le numérique a permis de faire remonter la parole populaire sur un mode libre, autonome et cadré à la fois. L’adjoint au maire a mis en place une plateforme sur laquelle se sont inscrits 400 000 Madrilènes pour débattre de projets. Lorsqu’une proposition est portée par un grand nombre, elle est étudiée par la ville qui la met au vote. La démarche demande un fort niveau d’implication sociale car elle suppose d’avoir d’abord convaincu ses pairs.

Face à ce consensus, Alain Bourdin jette un pavé dans la marre. Et si on disait que le numérique est une catastrophe ? Cette question provocatrice invite à s’interroger non sur l’idée de renoncer au numérique mais sur une manière de raisonner suivant un paradigme des conséquences. Quand un événement arrive, on a tendance à penser à son effet immédiat, plus rarement aux analyses de conséquences poussées aussi loin que possible.

 

 

Découvrez ou redécouvrez l’intégralité de la matinale.
Crédit Photo
BURNOD JEAN LOUIS