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Résilience, quand Paris passe à l’acte

GETTY IMAGES
Résilience, quand Paris passe à l’acte
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La Ville de Paris est-elle capable de faire face aux vulnérabilités de son territoire ? Comment la notion fourre-tout de « résilience » devient-elle opérationnelle dans l’une des plus grandes capitales européennes ? Sébastien Maire vante le modèle holistique et systémique dans lequel la ville se fédère désormais.

Paris fait partie du réseau « 100 villes résilientes » initié par la Fondation Rockefeller. « A l’origine, nous avons suivi cette initiative lancée par la Fondation pour ses 100 ans » explique Sébastien Maire. Le principe, accorder 100 millions de dollars à 100 villes résilientes avec, parmi les actions, le financement d’un Chief Resilient Officer (CRO). Si au départ la démarche fixe une feuille de route structurante, elle est aussi faite pour que chaque ville la mette à sa main. Ce que n’a pas manqué de faire Sébastien Maire, CRO de Paris.

La démarche « 100 villes résilientes » déclinée à la parisienne

Il y a 20 ans, bien avant la mode la résilience, défendre l’Agenda 21 était déjà un parcours du combattant. Démarrant en 2015, depuis un bureau isolé de la mairie de Paris, Sébastien Maire a d’abord passé beaucoup de temps à sensibiliser et expliquer les plus-values de l’approche résiliente. Son positionnement dans l’organisation et la mise en oeuvre des premières actions concrètes l’ont aidé à asseoir la fonction et à produire des résultats.

A l’image de ses alter ego CRO dans d’autres villes résilientes, Sébastien Maire a tiré parti du financement, de la méthodologie et du réseau pour déployer des logiques transversales. « Nous avons adapté le concept à notre contexte parisien. Dans la définition de la Fondation, la résilience doit entre autres permettre de s’adapter aux stress chroniques, comme les inégalités par exemple. A Paris, nous sommes convaincus que la résilience passe par une « réduction des inégalités » insiste-t-il. Il note aussi la vision techniciste qui exclut la case politique de la méthodologie d’élaboration de la stratégie, pourtant essentielle dans la capacité à mettre en œuvre une action. Mais le réseau est cependant extrêmement utile : « Entre collègues des 100 villes, on se connait, on s’inspire, les actions d’un territoire n’ont pas vocation à être reproduites à l’identique ailleurs mais à ouvrir les possibles. Quand je suggère une idée à Paris et qu’on m’oppose une fin de non-recevoir, je réponds : « ah bon, mais Rotterdam l’a fait. Et pourtant, c’est une plus petite ville avec moins de moyens. Si on essayait ? »

Fondation Rockefeller
Une pointe de libéralisme dans une démarche philanthropique

À travers cette Fondation, le capitalisme se mettrait-il au service des politiques publiques ? interroge amusé Philippe Labro. « Il s’agit d’une Fondation philanthropique, pas du fonds d’investissement de la famille Rockefeller, précise Sébastien Maire. Cette Fondation existe depuis un siècle et fonctionne de manière indépendante. Elle s’est toujours beaucoup investie dans le développement durable et permet depuis 2013 de financer les programmes de résilience dans les villes. Néanmoins, l’approche, américaine, n’est pas dénuée de libéralisme, reconnaît-il.  « Dans cette vision, la résilience passe forcément par des solutions apportées par des entreprises privées qui doivent développer de nouveaux marchés, innover, produire de nouveaux outils, etc. Or les solutions low tech, basées sur la nature ou sur l’humain, l’optimisation de l’existant plutôt que des nouveaux projets sont souvent bien plus résilientes et durables que des solutions technologiques incertaines, coûteuses en investissement et en fonctionnement. »


Pour réduire les vulnérabilités, l’échelle du territoire est un passage obligé

Mais sur quel périmètre agir ? Sébastien Maire insiste, parler de Paris ne se réduit pas à l’institution municipale, il s’agit du territoire avec tout ce qui le compose. « Nous essayons de visualiser ce territoire comme un métabolisme urbain avec des flux de personnes, de matière, d’énergie. Habitants, institutions, routes, espaces verts, entreprises et réseaux critiques constituent un ensemble. Notre ambition est d'envisager notre capacité à fonctionner et à nous développer en limitant l’impact qu’auront les chocs majeurs (inondation de la Seine ou attaque terroriste) et en réduisant les stress chroniques (inégalité et manque de cohésion sociale, pollution de l’air, de l’eau, canicules, etc.) qui affectent notre capacité de fonctionnement et de développement à moyen et long terme. Point central, la politique de résilience se conçoit suivant un paradigme holistique et systémique, autrement dit, transversal et interconnecté. Un modèle d’autant plus structurant que toutes les parties prenantes n’ont pas forcément la même vision de la résilience.

Coopérations territoriales à l’étude, l’exemple agricole

Parmi les 6 enjeux majeurs de la politique de résilience de Paris, tous sont traités à l’échelle territoriale. « Sur le volet agricole, développer une agriculture urbaine à Paris ne suffira pas. Nous avons besoin des territoires ruraux pour nourrir la ville et, si possible, à proximité pour limiter nos impacts ». En utilisant le fleuve comme moyen de transport maraîcher et comme moyen de régulation. « Par exemple, en accord avec les agriculteurs du territoire, nous expérimentons une capacité d’inondation des champs en cas de crue majeure. » Cet accord contre indemnisation pourra comprendre à terme aussi un engagement pour limiter l’usage des pesticides avec l’ambition de dépolluer la Seine.
« Quel que soit le sujet, le prisme holistique permet à chaque action publique de gagner en impact, résume Sébastien Maire. Nous avons déployé les ilots de fraîcheur dans les cours d’école après la canicule de juin 2017, trois jours pendant lesquels les enfants n’ont pas pu travailler (voir encadré). Selon Météo France et si rien n’est fait pour limiter le réchauffement, le nombre de jours de canicules pourrait passer de 2 en moyenne à plus de 30 par an à la fin du siècle. Il pourrait faire 55° à Paris dès 2050. Peut-on se permettre de priver les enfants d’éducation, car nos infrastructures municipales ne sont pas adaptées ? »

Un projet vers un meilleur équilibre rural-urbain en Ile de France

Dans la salle, un représentant des Parc naturels régionaux de France confirme la solidarité de plusieurs parcs pour soulager les crues de la Seine et s’interroge sur l’équilibre à créer entre la ville et les territoires ruraux. Sébastien Maire le confirme, urbain et ruraux, chacun a besoin de l’autre et la ville a lancé plusieurs expérimentations.
« Avec l’association des maires ruraux de France, nous avons identifié des communes où logent nos agents municipaux car 60% habitent hors de Paris et participent aux mouvements pendulaires quotidiens. Nous cherchons à réduire cette mobilité qui nuit à la qualité de vie, aggrave la qualité de l’air et les conditions de transport. » Les maires qui abritent 10 ou 15 salariés sont prêts à créer un tiers-lieu pour permettre à ces agents de travailler 3 jours par semaine à distance.  Par cette relocalisation, les petites communes peuvent retrouver progressivement une dynamique. « Appliquer ce prisme holistique permet de développer d’autres projets avec les territoires ruraux, par exemple la décentralisation de la production d’énergie en zone rurale, via notamment la méthanisation de déchets ». Une possibilité pour la ville d’acheter cette énergie renouvelable en priorité en valorisant une logique d’économie circulaire.

Cybersécurité : éviter de créer de nouvelles vulnérabilités.

Citant le cas de la ville de Baltimore qui a subi une cyberattaque début juin, Stéphane Gérard interroge sur les dispositifs en place à Paris. La cyber sécurité fait partie de la stratégie de résilience de Paris mais pour Sébastien Maire, « la priorité consiste surtout d’éviter de créer de nouvelles vulnérabilités. Méfions-nous du prisme technologique qui sauve de tout mais fait exploser nos objectifs de réduction des consommations énergétiques. Concernant la sécurité, prenons le cas de la voiture autonome qui nous expose à de nouveaux risques. Alors que nous luttons déjà pour protéger l’espace public contre le risque d’une voiture bélier, il peut paraître paradoxal de créer nous même la possibilité qu’une personne malveillante prenne à distance le contrôle de milliers de véhicules en même temps…. »
 

Expérience résiliente parisienne
Les îlots de fraicheur dans les cours d’école

Pour mettre en oeuvre les principes holistiques et systémiques chers à la ville, la Mission résilience de Paris décide de les appliquer à une infrastructure simple, la cour d’école, espace maillant dans toutes les villes. A Paris, ces cours s’étendent sur 70 hectares de surface asphaltée imperméable. Sombres, elles participent à l’effet îlots de chaleur urbain non seulement pour les enfants mais pour le quartier autour. Le taux d’occupation est de 12 à 20% alors que ces écoles sont entretenues toute l’année. C’est ainsi que depuis 2018, les cours se transforment progressivement en oasis : installation de revêtements perméables, végétalisation massive, installation de fontaines ludiques au cœur de la cour et création d’ombre artificielle en attendant que poussent les arbres. Dans la logique holistique, le projet se met au service des personnes âgées et vulnérables en restant ouvert et accessible tout l’été, en créant des espaces de cohésion sociale. La première rue résiliente, bâtie sur le même concept, sera livrée en septembre 2019.


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