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Résilience, territoires et énergie : Les premières définitions déclenchent le débat

Résilience, territoires et énergie : Les premières définitions déclenchent le débat
EDF
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A partir des premières définitions de la résilience proposées par le comité scientifique, nombre de questions et de réactions ont surgi dans l’assemblée. L’occasion d’approfondir la réflexion et d’ouvrir le débat.

Définir la résilience, un nécessaire retour aux sources

Savoir comment s’inscrit la résilience sur le territoire aujourd’hui suppose de comprendre comment a surgi le concept et comment s’est construite la pensée du risque, plaide Alain Bourdin. Cette notion qui apparait marginalement au 19ème siècle, commence à émerger dans les années 70 lorsque la parole se libère sur les camps de concentration. A cette époque, tour à tour, Bruno Bettelheim et Boris Cyrulnik imposent l’idée de résilience dans le débat à partir d’une conviction : face au drame, on peut rebondir.

Dans l’assemblée un participant propose de compléter ces définitions en rappelant les principes physiques et mécaniques à l’œuvre. On parle de résilience quand il y a apport d’énergie. Quand l’apport est violent, c’est le choc. Sinon c’est un apport d’énergie lent et délétère. Comment se comporte le système face à cet apport d’énergie ? Si l’énergie dissocie, le système casse. Pour résister, le système absorbe l’énergie et peut alors la restituer. Les villes ont intérêt à développer des systèmes capables d’absorber l’énergie/le changement sans casser. Elles doivent surtout pouvoir restituer cette énergie pour en faire quelque chose de nouveau, parfois inattendu. Les différents modes d’accueil que les villes ont réservé au flux de migrants illustrent le phénomène. Certaines villes les refusent et se raidissent, d’autres absorbent cette énergie et s’en servent pour se développer.

Un participant cite une définition « La résilience, c’est gérer l’inévitable et éviter l’ingérable » qui, selon lui, dit beaucoup sur l’ambiguïté dans laquelle nous sommes plongés. Pour un responsable solidarité chez EDF, la définition de la résilience serait intimement liée à la question de l’intérêt général et de l’intérêt particulier. Est-il possible de les concilier ?

La bonne échelle, c’est celle de la coopération

A quelle échelle du territoire la résilience peut-elle s’appliquer ? Le principe de subsidiarité est-il pertinent dans ce contexte ? interroge Mathieu Monot.

Une échelle qui permet d’associer l’ensemble des acteurs
Méfions-nous des échelles pré-établies, rappelle Alain Bourdin. Il s’agit de réinventer les échelles micro-meso-macro sans les opposer. La véritable échelle pour appliquer la résilience est l’échelle à laquelle on peut coopérer, celle qui permet d’associer énergie, économie, alimentation de manière transversale et d’avoir la capacité à mobiliser des ressources.

Une position confirmée par Christian du Tertre. Une échelle déterminée de manière institutionnelle ne correspond pas à la manière dont s’organisent les acteurs dans la résilience. La question des échelles existe mais différemment suivant qu’il s’agit d’énergie, d’écologie, d’alimentation, etc. Toutes ne peuvent s’opérer localement et dans certains cas l’opérateur national ou les relations avec l’Europe deviennent prééminents. Difficulté supplémentaire, les territoires doivent faire face au passage d’une économie désormais tirée par les services où l’interdépendance entre les acteurs est plus forte que dans l’industrie.

Une coopération qui dépasse la simple collaboration
Sur le terrain, la coopération change le rapport aux chocs. Pascal Terrien a pu l’observer lors de la tempête de 1999 au sein d’EDF. « Nous avons connu une mobilisation sans précédent des agents qui sont montés aux poteaux. Capacité d’intervention rapide et mouvements de solidarité ont permis aux populations de survivre car l’électricité fait partie des lignes de vie comme l’eau.

Pour Christian du Tertre, parler de coopération dépasse largement la simple collaboration. La coopération, c’est la compréhension de la contrainte de l’autre, ce qui suppose une capacité de faire des choix dans sa propre activité pour faciliter le travail des autres.

Dans cette logique de coopération, l’accueil des différences interroge la recomposition des villes, observe Ariella Masboungi. Si on refuse les apports extérieurs, la ville n’évolue pas. En générant des découvertes ou des avancées majeures et inattendues, la sérendipité contribue à la résilience.

Résilience sociale et démocratie sociale en effet parechoc
Ainsi, plus que les échelles, c’est la force des liens à chaque maille et entre les mailles qui semble être moteur dans la résilience. Une participante souligne qu’il existe une corrélation entre niveau de cohésion sociale et capacité de réagir face aux chocs.

On saisit l’importance de la coopération en revenant à l’origine des mots, insiste Alain Bernès . Pour qu’un système soit résilient, il faut que ses structures internes résistent, absorbent et restituent l’énergie. Ce qui est efficace pour la ville, c’est ce qui renforce les liens de la société.

Pour Christian du Tertre, en complément de la démocratie parlementaire et de la démocratie sociale des syndicats, nous avons besoin d’entrer dans une démocratie sociale, celle de l’engagement citoyen sans lequel la société s’expose à la crise.

Selon Pascal Terrien, ces réflexions renvoient au classique « Le chêne et le roseau ». L’un casse et l’autre plie mais le roseau seul a du mal à survivre. C’est tout l’enjeu du réseau électrique entre le modèle distribué et le modèle centralisé.


Chocs ou mutations lentes et délétères, une (pas si) brève histoire de temps

Temps long ou temps court, choc immédiat ou tendance diffuse, à quelle échelle de temps se joue la résilience ? Pour se relever d’un choc, nombre de villes ont déjà déployé des stratégies résilientes mais peu sur les tendances de fond moins tangibles, donc moins mobilisatrices.

Traiter les mutations lentes, une ambition peu compatible avec le temps politique
Face aux questions des mutations lentes, les réponses doivent se construire dans le mouvement des choses, souvent sur de longues périodes, analyse Christian du Tertre. Une position qui se heurte aux volontés des politiques qui aspirent à aller vite. En cherchant trop hâtivement la bonne solution, on freine souvent la capacité de résilience.

Reste qu’il n’est pas toujours simple pour les politiques d’assumer le temps long comme en témoigne Ariella Masboungi. Sur le Bassin d’Arcachon, pour se préparer au recul du littoral, le maire proposait de reculer l’avancée de la ville sur la mer et donc de démolir une partie d’une rue commerçante, soulevant des oppositions de toutes parts. De fait, constate Ariella, une décision long terme est rarement payante pour un maire dépendant d’un temps politique court.

Dans le domaine de l’énergie, comment réussir la transition énergétique face à ces mutations lentes et délétères ? Pour Pascal Terrien, l’électricité est la solution à condition d'être bas carbone. Car pour la ville et les territoires, l’électricité fait déjà partie de l’énergie du futur.

Le choc, c’est une mutation lente mal préparée
Mutations long terme comme chocs demandent une réaction à l’imprévu. Mais pour Christian du Tertre, ces chocs ne sont que des révélateurs de ces mutations long terme. Prenons l’exemple récent de l’usine de Ford de Blanquefort qui est passée de 4000 salariés à 850. Dans la perspective des mutations de l’industrie, cette évolution était prévisible. Mais au moment où arrive le choc, la capacité de résilience n’a pas été travaillée. Résultat, personne n’est prêt et c’est la catastrophe pour les salariés et pour le territoire.

Limiter nos vulnérabilités, c’est aussi gérer des paradoxes
Chocs ou mutations lentes, un participant confirme que notre vocation est de limiter les vulnérabilités. Encore faut-il accepter d’être vulnérable. Trois couples de paradoxes méritent réflexion à ce sujet.

  • Puissance-vulnérabilité. Les métropoles se sont développées sur le mythe de la puissance et de l’innovation. Aujourd’hui, elles n’ont jamais été aussi puissantes mais jamais aussi vulnérables compte tenu des phénomènes d’agglomération et d’externalités négatives.  
  • Autonomie – Reliance. Nous avons besoin d’autonomie mais nous sommes reliés dans une logique d’interdépendance. Les acteurs de la ville ont besoin de coopération naturelle mais que chacun ait sa propre capacité de rebond.
  •  Fin du mois - fin du monde. Par cette question des échelles de temps à laquelle nous sommes confrontés, on revient sur l’intuition du « en même temps » ou ce que Ricoeur appelle la pensée délibérative et la décision.  

Alain Bourdin conclut le chapitre. Choc ou crise latente, on continue à se référer à un modèle de société qui a tenu deux siècles mais qui est fini, affirme-t-il. « Le problème n’est pas de redonner de la force à la société, c’est de réinventer la société. Quand on parle « reliance-autonomie », on est dans les premiers pas vers un autre modèle de société. Ne restons pas bloqués sur cette croyance dans un modèle de société. Même les idées d’intérêt général et d’intérêt particulier ne sont plus pertinentes pour rendre compte des problèmes. Il faut réinventer autre chose ».


Etre résilient, c’est se réinventer un destin

La résilience, une démarche résolument optimiste
Développer de nouvelles pratiques pour se donner un avenir est une attitude d’espoir, Ariella Masboungi en est convaincue. On a l’impression que la résilience coûte cher, alors que c’est une démarche économiquement rentable qui permet à la ville de tirer des bénéfices. Les villes ont des atouts à valoriser, des destins à réinventer à l’image de Nantes ou Saint Nazaire. La question « quelle ville je veux être » implique curiosité et confiance.

Des éléments de réflexion à mettre à l’épreuve du réel
Pour clore cette Matinale en répondant à une intervention dans l’assemblée sur une vision plus concrète de la résilience, Christian du Tertre rappelle que la réunion avait vocation à rassembler de premières pistes de réflexion indispensables pour éclairer le terrain avant de les mettre ensuite à l’épreuve du réel. Les enjeux opérationnels et financiers, les démonstrations et retours d’expérience feront partie intégrante des prochains débats.


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