Le 05 juin 2018, l’atelier Energie & Territoires a reçu Marie Defay, Directrice générale déléguée de l’Agence de Développement et d’Urbanisme de Lille Métropole et Stéphane Cordobes, responsable des activités de prospective stratégique, de recherche et d’étude au Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) autour des questions de Mécanismes interterritoriaux de solidarité.

A l’agence d’urbanisme de la Métropole lilloise, Marie Defay est en charge de la direction des études et de la prospective. Les travaux de l’Agence concernent l’observation des territoires de la Métropole et de son aire d’influence, le développement et l’attractivité métropolitaine ainsi que la qualité urbaine et architecturale. Marie Defay enseigne l’économie urbaine à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Belleville.

D’abord à la DATAR, puis au CGET, Stéphane Cordobes est expert de la transformation des espaces français. Il lie les enjeux stratégiques qui engagent leur avenir à la fabrique politique qui doit les relever. Stéphane Cordobes anime un séminaire de troisième cycle sur la prospective urbaine au Conservatoire national des arts et métiers et y effectue des travaux de recherche. Il collabore à différentes revues (Tous Urbains, Horizons publics…). Ses interrogations portent principalement sur les représentations, les catégories de pensée et d’action pour comprendre et construire les espaces urbains.

Les 10 enseignements principaux

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Le mot« fracture » : est-il efficace pour rendre compte d’une situation et penser une politique publique ? A partir de quand considère-t-on qu’un écart est une fracture ? Comment mettre en place des politiques publiques pour lutter efficacement contre ces fractures sans être d’abord en mesure d’apporter une réponse à ces questions ? Est-ce que les indicateurs, revenu médian, évolution de l’emploi, évolution démographique, permettent d’identifier des fractures sur les territoires ?

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Au sein des systèmes urbains y compris dans les espaces où les populations sont en grande difficulté, il y a des flux, des échanges qui dépassent ces échelles.

3

Répondre aux fractures : ce n’est pas qu’une question de dotation, d’accès mais aussi une question de changement de logiques de raisonnement.

– Sur la MEL (Métropole Européenne de Lille), il y a une poursuite de la dégradation de la situation des quartiers en difficulté.Il n’y a pas forcément un déplacement géographique des difficultés mais une intensification du phénomène malgré les politiques publiques conduites. On constate un renforcement de la concentration des populations en difficulté et simultanément, l’homogénéisation et le renforcement de communes où les habitants, aux revenus aisés, sont propriétaires de leur logement, souvent individuels.

– Sur l’aire d’influence de la MEL, l’aggravation de la pauvreté ne vient pas de migrations vers des secteurs qui seraient déjà en difficulté. A l’inverse, les cadres migrent vers des quartiers qui ont tendance à faire augmenter les profils de ces communes aisées. Il y a une réflexion à mener sur les choix résidentiels des cadres.

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La politique de la ville vise des territoires donnés maismobilise des leviers d’ordres sociaux, éducatifs… La majeure partie des flux monétaires ne vient pas des politiques territoriales (cf Laurent Davezies). Les politiques publiques de redistribution nationales sont plus efficaces et plus massives pour lutter contre les inégalités que les politiques territoriales elles-mêmes.

5

Repenser le territoire à l’échelle de biorégions plutôt qu’à l’échelle de territoires communaux semble une maille pertinente pour penser les modes de développement à mettre en place.

6

Redonner des capacités aux territoires (selon la logique de Amartya Sen), c’est-à-dire créer des ressources nécessaires au développement économique des territoires, c’est mettre les acteurs en capacité d’agir. Il y a un déplacement de territoires-lieux de transfert à territoires-en capacité d’agir. Il n’y aura pas de réponse à la question du social si on ne repense pas celle de l’économie, de la place des territoires dans la création d’un nouveau modèle de développement d’ordre économique.

7

La raréfaction de l’argent public, en particulier la répartition des dotations aux collectivités favorise des logiques de mutualisation et de coopération. Ce que l’intercommunalité n’avait pas réussi à produire.La notion de la cohérence ou de la coopération des territoires, n’est pas une option ; c’est une nécessité. Ce basculement dans la mise en capacité est aussi une remise en cause dans la façon dont le pouvoir s’applique dans les territoires ; dans la manière dont un élu représente une population dans un territoire donné.

8

Observation des territoires : pour l’agence d’urbanisme, il est nécessaire d’observer les territoires à partir des flux, plutôt que sur des périmètres institutionnels. Mais les techniciens ont du mal à les représenter et à les décrire à des élus, qui vu le système électoral, restent très liés à des questions de périmètre. L’agence a beaucoup réfléchi en matière d’armature urbaine, de hiérarchie des différentes polarités, de représentations cartographiques plus dynamiques montrant les flux entre les territoires, etc. C’est un travail en cours de l’agence.

9

Précarité : sur la MEL, on estime à 15 % la part de la population en situation de précarité énergétique. Une étude a été menée sur l’aire métropolitaine en 2014, sur les conditions de la précarité énergétique liées aux conditions de mobilité. Beaucoup de familles modestes, résidant dans le périurbain (par choix ou pas), ont un budget carburant conséquent.L’étude montre des risques de précarisation liés à la mobilité pour des couples qui ont deux voitures, éloignés des pôles d’emploi. L’accès à l’éducation et à la formation (et pas seulement la formation supérieure) est un enjeu pour la MEL. De nombreuses situations de décrochage, d’énormes problèmes de qualification (qui ne semblent pas correspondre aux emplois qui se créent ou qui émergeront à court terme)sont constatés.Il s’agit d’inventer d’autres modèles de développement basés sur le local. Le potentiel sous-exploité du territoire est énorme. Il y a de gros gisements de développements autour de l’énergie, du développement de l’économie résidentielle.

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Les territoires de demain s’illustrent moins au travers des collectivités que dans les populations et les acteurs qui vivent dans ces écosystèmes. La question est moins celle de territoires forclos et d’identité que la question de l’hospitalité et des échanges entre le territoire et l’extérieur …Territoire et Réseau sont des spatialités différentes mais on ne peut pas penser les territoires de demain sans penser leur articulation.

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