Skip to main content

Big Data dans les territoires : état des lieux et perspectives. Quels challenges pour la ville de Paris ?

Big Data dans les territoires : état des lieux et perspectives. Quels challenges pour la ville de Paris ?
Partager :

Le 23 novembre 2016, se déroulait la 21e Matinale de l’Atelier Energie et Territoires – la 5e consacrée aux enjeux du Big Data au regard de la transition énergétique. Etaient auditionnés à cette occasion Jean-Philippe Clément, responsable de la démarche et des solutions data de la ville de Paris, et Cédric Verpeaux, responsable du pôle « Villes & territoires intelligents » de la Caisse des Dépôts.

Après le témoignage d’industriels (objet de la 20e audition), il s’agissait de savoir comment des acteurs de la ville appréhendaient les enjeux de la smart city et du Big Data, ainsi que les moyens à mettre en œuvre en terme d’ingénierie.

Les 10 principaux enseignements à retenir

1

Plusieurs dispositifs législatifs renforcent les obligations en matière d’Open Data (la loi NOTRe, qui oblige les collectivités territoriales de plus de 3 500 habitants à rendre accessible leurs données publiques relatives à leur territoire ; la loi sur la République numérique, qui introduit la notion de « données d’intérêt général », en accroissant l’ouverture des données issues de personnes publiques et privées ;…). Mais à ce jour, seule une soixantaine de collectivités (dont Rennes, pionnière en France) disposent d’un portail de données numériques et manifestent une maturité en la matière.

2

De prime abord, l’Open Data a été perçue comme bénéfique à l’échelle d’un territoire : quand bien même les retombées financières étaient a priori difficiles à évaluer, on pouvait faire l’hypothèse que l’ouverture de données (publiques et privées) produiraient des externalités positives, ne serait-ce qu’au plan de l’innovation avec la création de nouveaux services et applications par des start-up de l’écosystème

3

Cette vision positive a été quelque peu démentie par les faits : beaucoup de collectivités disent ne pas percevoir ces retombées. Des exemples existent cependant d’applications ou services innovants conçus par des start-up (à Rennes, Toulouse, Lyon,…) à partir des données mises à disposition par la collectivité.

4

Au-delà des données, ce sont les algorithmes qui se révèlent être l’enjeu majeur : en complément à l’Open Data, des métropoles promeuvent l’open algorithm en vue de faciliter l’émergence de start-up au sein de leur écosystème d’innovation.

5

L’Open Data questionne la relation des collectivités aux grands opérateurs du numérique, au regard de leur capacité à négocier la mise à disposition de données à des fins marchandes. A cet égard, différentes stratégies sont adoptées entre celles visant à contester la position jugée dominante et abusive des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et celles visant à nouer des partenariats « gagnant-gagnant » (cf celui noué par la ville de Paris avec Cisco pour apprécier en temps réel l’impact des aménagements urbains). Au-delà, c’est l’enjeu des licences fixant les conditions dans lesquelles ces données publiques et privées pourront être copiées, diffusées et réutilisées librement.

6

Elle questionne aussi le rapport de ces mêmes collectivités à leurs délégataires de services publics (des collectivités se sont retrouvées en situation de devoir les rémunérer en contrepartie de la mise à disposition de leurs données)

7

Elle implique également une organisation plus transversale des services, pour plus de mutualisation des données (voire une concentration de différents services dans une même administration pilotée par un digtital officer).

8

L’analyse des données exige des compétences particulières ainsi que de nouveaux métiers : digital officer, data scientist,… que toutes les collectivités n’ont pas les moyens de recruter.

9

Parmi toutes les collectivités, les métropoles paraissent les mieux outillées et armées pour assumer un rôle de tiers de confiance et mobiliser une ingénierie. Mais elles n’échappent pas pour autant à la question du coût de l’Open Data (de la récolte des données à leur traitement en passant par leur stockage).

10

Au regard des enjeux énergétiques, les échanges avec le public ont été l’occasion de rappeler la nécessité de mieux appréhender les usages et les comportements des habitants et autres usagers en privilégiant des démarches incitatives qui sensibilisent par le truchement d’autres problématiques (l’alimentation durable, par exemple). Manière de rappeler aussi que, pas plus qu’elle ne saurait compter sur des solutions exclusivement « technos », la convergence entre transitions énergétique et numérique ne saurait reposer sur des data sciences déconnectées du contexte.

Eléments biographiques

Après un parcours de conseiller au numérique et directeur de projets transverses (e-administration, intranet, fibre, Wi-Fi...) au sein de la ville de Paris, Jean-Philippe Clément a créé et coordonné la mission « Ville intelligente et durable ».

Il en anime désormais la démarche data. Il a également été conseiller innovation de la Direction des systèmes et des technologies de l’Information (DSI) où il a piloté des projets spécifiques (Open Government, Open Data, plate-forme Collaborative, DansMaRue, Open source, démarche open innovation, etc.).

Quant à Cédric Verpeaux, il travaille depuis près de quinze ans sur les enjeux du développement numérique dans les territoires. Après un passage dans l’univers des start-up (au titre de conseil en stratégie numérique), il intègre la Direction des Investissements et du Développement local de la Caisse des Dépôts, en charge du développement et du déploiement de l’activité des services numériques à l’usager (e-administration, services géolocalisés, innovation publique, Open Data,...).

En 2010, la Caisse des Dépôts crée un pôle « Villes et territoires intelligents » dont il est nommé responsable. De 2010 à 2012, l’Etat a confié à la Caisse des Dépôts la gestion de la thématique « Développement de l’économie numérique » du Programme des Investissements d’Avenir, dotée d’une enveloppe de 2,25 Md€. Dans ce cadre, Cédric Verpeaux est responsable de deux des huit lignes d’investissement du Programme dans les domaines « Ville numérique » et « Systèmes de transport intelligents ». Depuis 2012, il est en charge de la stratégie et des investissements (prise de participation ou création de sociétés) sur l’ensemble des thématiques de la « smart city » (transport et mobilité, énergie, environnement, tiers-lieux, services urbains) et travaille aussi avec les collectivités sur ces sujets en accompagnement, ingénierie et financement.

L’un et l’autre étaient auditionnés par deux membres du comité scientifique de l’Atelier Energie et Territoires : le sociologue et urbaniste Alain Bourdin, et l’anthropologue Stéphane Juguet, fondateur de la société What Time Is I.T, spécialiste du dialogue public et de la concertation.

Découvrez ou redécouvrez l’intégralité de la matinale.