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Grand Lyon : quelle stratégie pour quels enjeux ?

Grand Lyon : quelle stratégie pour quels enjeux ?
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Pour sa 24e Matinale, l’Atelier Energie & Territoires était accueilli dans les locaux de la direction commerciale d’EDF Rhône-Alpes-Auvergne, à Lyon. Assurée par Michel Micheau, ancien directeur du Cycle d’urbanisme de Sciences Po, membre du comité scientifique de l’Atelier Energie & Territoires, et Sylvain Allemand, journaliste, l’audition a porté sur la transformation digitale du Grand Lyon, à travers un panel de son écosystème :

Karine-Dognin-Sauze-150x150Karine Dognin-Sauze, qui exerce deux mandats politiques : l’un comme adjointe au maire de Lyon, déléguée aux Relations Internationales, aux Affaires Européennes, à la Coopération décentralisée et à la Solidarité Internationale ; l’autre comme vice-présidente de la Métropole de Lyon en charge de l’innovation, de la Métropole intelligente et  du Développement numérique.

Parallèlement à ses responsabilités d’élue, Karine Dognin-Sauze est une professionnelle du marketing international et de l’innovation dans les secteurs du divertissement et des nouvelles technologies. Depuis 2015, elle dirige Witty Cie(s), une société de conseil en marketing de l’innovation. Vice-présidente de l’association Lyon French Tech, elle est membre de plusieurs conseils d’administration, notamment de la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération).

sgrumbac-150x150Stéphane Grumbach : Directeur de recherche à l'Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique), il est responsable de l’équipe Données de l’Internet au Cœur de l’Economie et directeur de l’Institut Rhône-Alpin des Systèmes Complexes. Ses recherches portent sur l’économie des données dans un sens large, l’impact de la révolution numérique sur l’organisation politique, les plates-formes d'intermédiation, qui transforment des données pour créer des nouveaux moyens économiques et sociaux, et les enjeux géopolitiques du numérique. Il a travaillé sur des données spatiales et statistiques aussi bien que biologiques, et a conçu un algorithme de compression pour des séquences d'ADN.

Houssais-Pierre-150x150Pierre Houssais : Après avoir intégré en 2009 la Métropole de Lyon à la tête de la Direction de la Prospective et des Stratégies d’Agglomération (suite à une expérience à la Ville de Saint-Étienne, en tant que Directeur de l’urbanisme prospectif et réglementaire), il a fait évoluer l’activité de prospective dans le cadre de la réorganisation des services au sein d’une nouvelle Direction de la Prospective et du Dialogue Public dont la vocation est d’aider à penser et accompagner les articulations entre la conduite de l’action communautaire et les évolutions sociétales en recourant à la prospective, la participation citoyenne, les approches par les usages et l’expérimentation. Les études publiées par cette direction sont accessibles sur www.millenaire3.com.

arnaud_legrand-150x150Arnaud Legrand : Fondateur et CEO d’Energiency, une jeune entreprise qui commercialise un logiciel Cloud associant data science et intelligence artificielle pour l'analyse des données IoT au service des économies d'énergie dans l'industrie (ce qui lui a valu plus de 30 prix internationaux liés à l’Innovation et l’Entreprenariat). Elle compte aujourd’hui 15 salariés et vient, cette année, de réaliser une levée de fonds de 2,7 M€. Créée en 2013, cette start-up (déjà évoquée lors de la précédente matinale, par la voix de François Gonczi) est également présente dans le Grand Lyon où elle poursuit un partenariat avec EDF.

L’audition débutait par une introduction de Christian Missirian, directeur régional d’EDF commerce en Région Auvergne Rhône-Alpes.

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Les 16 enseignements à retenir

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Comme celle organisée à Toulouse (le 14 juin 2016), cette matinale a été l’occasion de voir comment une collectivité métropolitaine (le Grand Lyon) s’est saisie des enjeux de l’Open Data, à travers l’audition d’un panel d’acteurs de son écosystème : une élue (Karine Dognin-Sauze), un chercheur (Stéphane Grumbach), un startupper (Arnaud Legrand) et le directeur d’un service en charge de la prospective et du dialogue public (Pierre Houssais). Les échanges ont permis de prendre la mesure des défis mais aussi du rôle potentiel de l’acteur métropolitain dans la transition numérique.

2

Un premier défi réside dans la concurrence des plateformes numériques (Google, Amazon, Airbnb,..) : elles sont en mesure de proposer des services urbains, qui bousculent ceux du service public ou d’acteurs privés locaux.

3

La situation de quasi monopole des GAFA découle des « rendements croissants » qui caractérisent leur modèle économique fondé sur les effets réseaux, par contraste avec l’économie traditionnelle caractérisée, elle, par des rendements décroissants (au-delà d’une certaine taille, toute unité supplémentaire est plus coûteuse à produire que la précédente).

4

Un défi géopolitique : la situation est d’autant plus préoccupante que lorsque l’on se place au niveau européen, force est de constater l’absence d’équivalents des GAFA. Une réalité que l’existence de start-up prometteuses ne saurait faire oublier.

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Un défi pour le dialogue public : les citoyens expriment de nouvelles formes d’engagement (plus communautaires que partisanes),autour de causes qui ne sont plus définies par les seules politiques publiques.Ces mêmes citoyens étant aussi susceptibles de se positionner comme consommateurs dans les débats relatifs aux plateformes numériques.

6

Un défi au regard des compétences humaines : la valorisation des data passe par des capacités d’analyse et, donc, des compétences particulières, celles du data scientist. Reste à convaincre les plus qualifiés à rejoindre les collectivités ou les entreprises du « vieux monde » (Stéphane Grumbach).

7

Malgré ces défis, il ne faut pas sous-estimer la force des écosystèmes territorialisés qu’entend incarner à sa façon la Métropole de Lyon, en travaillant en mode collaboratif avec les plateformes numériques et les entreprises innovantes.

8

Le Grand Lyon s’est engagé dans l’Open Data - comme les textes de loi (Loi NOTRe et Loi pour une République numérique) l’y obligent - à travers la mise en place d’une plateforme (800 jeux de données) avec cependant la volonté de garder la maîtrise de cette ouverture. Volonté qui s’est traduite par la création, suite à la constitution de la Métropole de Lyon, d’une Direction de l’Innovation Numérique et des Systèmes d’Information (Dinsi), en charge des démarches d’Open Data.

9

De par la maîtrise de l’ouverture des données, la Métropole de Lyon peut prétendre en orienter la valorisation vers des services innovants plus adaptés aux attentes de la population du territoire, le développement de plateformes et d’applications alternatives (covoiturage-grandlyon.com, pour les trajets de courtes distance ; Optimod’Lyon).

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Dans un monde complexe et incertain, elle peut assumer un rôle de « tiers de confiance ».

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Une autre manière de faire la ville : les projets urbains qu’elle porte (Lyon Confluence, Part Dieu) sont des catalyseurs d’une démarche de co-construction avec les acteurs du numérique. Aux solutions sur étagère proposées par ces derniers sont préférées celles conçues en mode expérimentation et en fonction de la réalité du contexte.Si les jeux de données sont exploités dans le cadre de ces projets urbains, c’est à partir d’une observation préalable des pratiques urbaines, des usages et des besoins des gens.

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Des expérimentations valorisées au plan international. A défaut de prendre en charge la valorisation commerciale des brevets suscités par les expérimentations, la Métropole de Lyon escompte des retombées positives de ces expérimentations pour les acteurs de son écosystème comme pour d’autres quartiers et d’autres métropoles.

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« Métropole intelligente » : au concept de Smart City, le Grand Lyon oppose cette notion, fondée tout autant sur les ressources du numérique que sur l’intelligence collective des acteurs publics, privés, associatifs. «  La métropole intelligente est aussi et peut-être d’abord un enjeu culturel » (Karine Dognin-Sauze).

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Cette approche va de pair avec une remise en cause de la vision techniciste et planificatrice de la ville, qui met l’accent sur les projets d’aménagement et d’infrastructures : désormais des applications ou services innovants, fondés sur une analyse fine des usages, peuvent suppléer aux besoins des individus.

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Dans ce contexte, les politiques publiques ont encore un sens. Seulement, elles n’ont plus vocation à imposer des normes, dicter leurs comportements aux gens. Il s’agit davantage d’inciter ceux-ci à en adopter de plus adaptés aux objectifs qu’on se fixe. Reste à savoir si, face à la complexité croissante de nos sociétés, la tentation de la coercition ne risque pas de l’emporter sur celle de l’incitation (Pierre Houssais)…

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Il n’est pas jusqu’à l’élu dont la posture doit changer : il doit se montrer plus proactif par rapport aux évolutions sociétales et aux innovations numériques. Posture que Karine Dognin-Sauze entend manifestement incarner et ce,avec optimisme : dès lors que le monde est en mouvement perpétuel, en évolution constante, il revient à l’élu de saisir avec pragmatisme les opportunités qui se présentent pour relever les défis, en pariant plus qu’il ne le faisait par le passé sur l’intelligence collective.

Découvrez ou redécouvrez l’intégralité de la matinale.