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Quelle stratégie locale et solidaire en matière d’énergie ?

Quelle stratégie locale et solidaire en matière d’énergie ?
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Le premier Forum Régional de l’Atelier Energie & Territoires s’est donc déroulé comme prévu le 28 mars dernier, à Roubaix, dans le campus de l’Edhec avec la participation de divers acteurs de la Région Nord-Pas de Calais :

  • des élus (le Maire de Roubaix, Pierre Dubois ; une Députée de la 2e circonscription du Nord, par ailleurs conseillère municipale de la ville de Lille déléguée au logement, Audrey Linkenheld; un Vice-président du Conseil Régional Nord-Pas de Calais, Emmanuel Cau ; enfin, un Député européen, Dominique Riquet)
  • et d’autres acteurs socio-économiques (Claude Lenglet, co-directeur du comité de recherche du World Forum Lille Institute ; le Directeur Général de Maisons & Cités Soginorpa, Dominique Soyer ; le Directeur Commercial Régional d’EDF, Alain Laruelle)
  • ou de l’aménagement (le Directeur Général de la SEM Ville Renouvelée, Jean Badaroux).

Pour mémoire, ce Forum Régional a été conçu selon le principe de l’audition : les intervenants susmentionnés étaient invités à répondre à une première question transversale, appelée à être posée lors des Forums Régionaux suivants (programmés dans les prochains mois à Marseille, Nantes, Lyon… : consulter notre agenda pour plus d’information) moyennant une déclinaison selon le contexte local. Dans le cas du Nord-Pas de Calais, cette question était formulée comme suit :

« Quelle stratégie locale et solidaire en matière énergétique ? »

Quelle contribution de l'économie sociale et solidaire ?

Rappelons aussi que cet exercice d’audition est destiné à nourrir la réflexion de l’Atelier Energie & Territoires, sur la manière d’articuler les expériences menées au plan local au principe d’équité à préserver au plan national, entre les territoires. D’où l’affichage de la notion de solidarité, qui, dans le Nord-Pas de Calais prend une résonance particulière compte tenu de l’ancrage d’une économie sociale et solidaire ainsi que d’un entrepreneuriat social dynamiques. Comment ceux-ci se saisissent-ils de la question énergétique, participent-ils à la stratégie locale en matière d’énergie ? Dans quelle mesure peuvent-ils concourir à la définition d’un autre modèle économique intégrant des financements privés et publics ?

Après un premier tour de table, ces mêmes acteurs du territoire étaient invités à répondre aux questions de deux auditeurs issus du comité scientifique de l’Atelier Energie & Territoires : Christian du Tertre, un économiste qui promeut depuis plusieurs années le principe d’une « économie de la fonctionnalité » (visant à repenser les systèmes de production, mais aussi les politiques sectorielles - de transport, du logement, etc., sans oublier, bien sûr, celle de l’énergie - à partir des usages, de façon à privilégier des approches plus transversales et intégrées territorialement) et Sophie de Paillette (consultante, qui s’est spécialisée dans la réalisation de « portrait identitaire » de territoires - communes, départements, régions…, à partir notamment d’ateliers de créativité).

Pourquoi le recours à Jeremy Rifkin ?

Une première séquence réunissait le Député européen, le Directeur Général de la SEM Ville renouvelée et le Codirecteur du comité de recherche du World Forum Lille Institue. Elle fut notamment l’occasion d’aborder la pertinence de l’échelon régional, mais aussi de la sollicitation du célèbre consultant américain Jeremy Rifkin, pour la réalisation d’un master plan en vue de la transition vers « une troisième révolution industrielle ». Car la question ne manqua pas d’être soulevée : pourquoi une Région qui avait démontré sa capacité à innover en matière de développement durable et de transition énergétique, qui avait même engagé une « transition sociale et écologique », avait-elle éprouvé le besoin de solliciter un expert aux allures de « gourou » ? Avec franchise, Claude Lenglet, à l’initiative de cette sollicitation, a mis en avant la capacité de ce dernier à mobiliser les acteurs, mais aussi à faire gagner au Nord-Pas de Calais une visibibilité internationale, sans compter son concours possible dans l’obtention de financements européens…

Une seconde séquence réunissait trois acteurs qui avaient pour point commun d’intervenir dans le champ du logement : Emmanuel Cau, à travers l’opération de développement « 100 000 logements », Dominique Soyer à travers la rénovation des quelque 62 000 anciens logements de mineurs, François Marty à travers la constitution d’une filière bois diversifiée vers la construction de logement. Si chacun portait des projets de taille différente, de la plus micro (du moins en apparence, car l’entreprise d’insertion de François Marty essaime à travers la France et à l’international) à la plus macro sinon régionale, ces acteurs convergeaient vers des préoccupations communes et une logique de coopération.

Une échelle régionale qui fait consensus

Par-delà les points de vue spécifiques et la diversité des champs de compétences, force était de constater, d’une séquence à l’autre, que l’échelle régionale faisait sens pour ces divers acteurs. A fortiori dans le contexte européen compte tenu, comme l’a rappelé le député européen, de l’affirmation d’une « Europe des Régions ». De son côté, Claude Lenglet avait justifié la pertinence de l’échelon régional, en constatant les difficultés, pour ne pas dire l’impossibilité des Etats, à s’accorder entre eux sur les enjeux climatiques, mais aussi les opportunités que cet échelon régional offrait en termes de coopérations transfrontalières.

Reste à savoir dans quelle mesure cette stratégie régionale pouvait se concilier avec la préservation d’un principe d’équité entre les Régions et les territoires infrarégionaux (équité incarnée en France, et dans le domaine de l’électricité, par la CSPE : la Contribution au Service Public de l’Electricité). La réaction de l’élu régional - Emmanuel Cau - n’a pas manqué de surprendre : en matière de solidarité, arguait-il en substance, « la Région du Nord-Pas de Calais a donné et continue à donner » au sens où elle contribue encore largement à la production industrielle du pays (avec ce qu’il en coûte en termes de nuisances), mais aussi de la production agro-alimentaire (idem). Dès lors, il serait abusif d’exiger d’elle, en plus, une solidarité énergétique. Sauf à élargir le principe d’équité à l’ensemble des contributions des Régions françaises au PIB national. Dans cette perspective, rien ne devrait donc interdire, suggérait encore l’élu, d’exiger de Régions ayant privilégié l’offre touristique ou leur cadre de vie d’assumer une part de la production industrielle avec ce qu’il en coûte en termes de production et/ou de consommation énergétique.

Voilà pour un bref aperçu d’échanges particulièrement riches, auxquels ont assisté, au total, une cinquantaine de personnes (soit l’audience escomptée par les animateurs de l’Atelier Energie & Territoires, pour rester dans une logique d’audition), dont des étudiants de l’Edhec invités à soumettre leurs propres interrogations. Ce qu’ils firent non sans démontrer une réelle prise de conscience de leur part et au-delà au sein d’écoles de commerce, des enjeux énergétiques dans le contexte de décentralisation.

Le Forum Régional n’en reste pas moins un dispositif ouvert à tous ceux intéressés par ces enjeux, à travers la mise à disposition prochaine d’une restitution et des enregistrements vidéos, sur le site de l’Atelier Energie & Territoires. A suivre, donc.